CONTEXTE PHILOSOPHIQUE ET
SCIENTIFIQUE
AUX XVII ème ET
XVIII ème SIECLE
I) GIORDANO BRUNO :
Né en
1548 dans le royaume de Naples, il périt brûlé vif sur le
bûcher à Rome en Février 1600.
Pourquoi
lui ? C’est en effet la première fois que
l’église catholique romaine éliminait physiquement le
partisan d’une théorie scientifique alors nouvelle en
Europe : l’héliocentrisme du système
copernicien.Il avait prolongé cette
théorie par une intuition qui devait bouleverser notre vision du
monde : celle d’un univers infini.
Il édifia ainsi une cosmologie
où l’homme en communion avec un dieu immanent à la nature
est peut-être le vrai centre divin.
On sort
d’un XVIème qui fut une époque de guerres
religieuses et d’intolérance dans tous les camps.
Les grandes
expéditions maritimes découvrent de nouvelles terres. La
sphéricité du monde n’est plus mise en doute. (Tour du
monde de Magellan : 1519,1521)
Tout un pan de
la société féodale s’écroule. Ce qui
entraîne des réactions violentes des autorités
ecclésiastiques. L’inquisition est réactivée :
On a les procès de Bruno (1600), puis de Galilée (le premier en
1616, le deuxième en 1633), les craintes de Copernic (1473,1543) .
On ne peut
cependant passer sous silence la grande œuvre de la Renaissance, du moins
dans sa seconde moitié, qui fut la remise en cause de la scolastique
(enseignement théologique et
philosophique inspiré d’Aristote et de Saint Thomas) celle-ci
bloquait toute possibilité de remise en cause du dogme de la
fixité de la terre au centre de l’Univers.
Mais cette
remise en cause eut comme conséquence un regain de
crédulité, une atmosphère
d’irrationalisme, un goût
immodéré pour la magie, des
sciences occultes qui durera une grande partie
du XVIIème.
II)
Le XVII ème siècle
Le début
du XVIIème est
souvent qualifié de « deuxième miracle ».
Le premier
étant situé aux environs du VIème siècle
avant J.C. où des hommes vont pour la première fois se poser la
question : « Qu’est que le monde ? »
et tenter d’y répondre sans faire intervenir les dieux. On a eu
alors la première vision laïque du monde.
Le XVIIème
siècle est marqué à la fois par un climat
d’incertitude, d’enthousiasme et d’inquiétude : Ce que l’on tenait pour certain et
éternel vacille (la terre ne serait plus le centre de l’univers)
Les
intellectuels, religieux mêmes s’interrogent sur de nouvelles
questions. Des hommes et des femmes osent tout remettre en question. On ne se
contentent plus de la réponse : « la Bible a dit que
…… »
Héritier
du gentilhomme et du courtisan un nouvel homme est entrain de
naître : l’honnête homme
A la ville on
discute dans les salons et dans les académies officielles ou
privées. L’intérêt des honnêtes gens ne se
limite plus aux futilités mais on parle philosophie et sciences
On assiste
à une nouvelle manière de pensée appelée « la
réforme des cerveaux ».
Jusque là que la totalité des connaissances était contenue
dans les œuvres des grands philosophes antiques et dans les
écritures saintes et qu’il s’agissait simplement de les retrouver et de les
étudier.
Des exemples de
cette évolution :
A Kepler (1571, 1630) qui fut à la fois témoin
et acteur de cette transition. Ses travaux dans lesquels il donne la
primauté à l’observation, marquent le début
de la méthode scientifique.
A
Galilée
(1564, 1642) qui introduisit une nouveauté en opposant
l’expérience à l’argument
d’autorité : il quitte le
syllogisme et combat Aristote par la vérification expérimentale.
Le XVIIème
est aussi, surtout durant la seconde moitié, le siècle que
l’on appelle en France « le grand
siècle » : c’est
le règne de Louis XIV, monarque absolu. Afin d’accroître son
prestige, il crée de nouveaux lieux de travail et de pouvoir :
L’Académie Royale des Sciences (1666) , L’Observatoire de Paris
(1667) …… La première confiée à Huygens, le
deuxième à Cassini. Pas vraiment un hasard car ces deux savants
sont deux éminentes autorités dans le domaine des
longitudes
En effet, le
problème des longitudes est crucial à cette époque. Avec
la découverte des Amériques, le trafic maritime s’est
considérablement accru. Or pour naviguer, il faut connaître sa
position et savoir se diriger. Le problème de la latitude fut
résolu entre autres par les portugais au XV ème, mais
pour le problème des longitudes, ce fut beaucoup plus délicat, celui-ci
étant lié à une comparaison entre l’heure locale et
celle du port d’attache, et on peut imaginer les difficultés
d’utilisation d’horloge sur un navire. Ce fut finalement Huygens qui trouva théoriquement la solution et
l’anglais Harrison qui fabriqua
un prototype de l’horloge mécanique.
Toutes ces
idées nouvelles ne pouvaient pénétrer les
universités toujours fiefs d’Aristotéliciens, ainsi
sont-elles dirigées vers les académies.
Le Roi Soleil
n’aura cesse d’exalter cet élan créateur, et même
de le rendre créateur hors des frontières.
Jamais contrôle de la culture par
l’état n’atteignit un tel degré en France.
Cependant,
dés la fin du règne de Louis XIV, cet étatisme culturel
apparaît comme une insupportable
contrainte et on abordera alors le
siècle des lumières.
En ce qui
concerne les autres pays, la science en Italie ne se relève pas du 2nd
procès de Galilée (1633), l’Europe centrale est
ravagée par la guerre de 30 ans (jusqu’en 1648), seules la Hollande calviniste qui
était alors un foyer d’une certaine tolérance et
l’Angleterre où les
universités prospéraient car non étouffées par le
pouvoir comme en France, permettaient aux idées nouvelles de
s’épanouir.
Malgré
tout, pour l’immense majorité des gens, le XVIIème
reste une époque de pensée magique
et de superstitions.
EXPLE : l’affaire
des poisons qui mit fin à la mode de
l’astrologie dans la haute société et qui poussa Louis XIV
et Colbert à interdire ces activités en 1682.
La philosophie de Descartes (1596,1650) domine incontestablement la
deuxième moitié du XVIIème. On en discute dans
les salons mondains. La plupart des académiciens sont cartésiens.
Descartes fut
le premier à opposer un système complet et cohérent
à celui d’Aristote
permettant ainsi d’ébranler définitivement la scolastique.
Sa principale contribution fut la méthode qui permettait à partir
d’un raisonnement rigoureux de construire une science qui serait d’autant
plus solide qu’elle aurait été soumise à
l’épreuve du doute systématique. Comme Platon, il a totalement confiance dans les
principes qu’il pose à priori. Pour lui, Dieu est immuable en lui-même et dans son œuvre. Cette pensée lui permis d’énoncer
entres autres les lois de conservations, d’où le refus de ses partisans d’admettre
l’idée de la force d’attraction. Il fut aussi le premier
à énoncer correctement le principe d’inertie.
Sa cosmologie se fonde sur un à priori : l’impossibilité
du vide.
Une grande figure
de la fin du siècle : Newton (1643, 1727) qui était bien un homme du XVIIème
.Il s’est consacré à l’alchimie et c’est de
ce côté qu’il faut chercher les sources de son inspiration
sur les forces à distances. C’est d’ailleurs sur ce point
que s’opposeront certains cartésiens (dont Fontenelle)
qui lui reprocheront leur caractère magique.
Bien que nourri
aux théories cartésiennes de la mécanique céleste,
Newton trouve rapidement des failles dans le raisonnement de son maître
qui affirmait que les planètes étaient mises en mouvement par de
gigantesques tourbillons circulaires. Il émet aussi l’idée d’une
force crée par le soleil que Huygens
appellera plus tard force
centrifuge. La parution en 1687 des « Principia
Mathématica » fait alors
l’effet d’une bombe dans le milieu scientifique. Il apparaît
en effet clairement que Newton vient de résoudre l’énigme
de l’Univers. Tout se résume en une loi et une
seule : celle de la gravitation
universelle vérifiée aussi bien
par les planètes que par un corps tombant sur terre. La preuve de la
justesse des théories de Newton pouvait venir de la forme de la
terre et du retour annoncé de la comète de Halley en 1759. D’où le long débat qui
s’en suivi dans la première moitié du XVIIIème
II)
Le XVIII ème
siècle
La fin du
règne de Louis XIV est marqué par une politique
d’austérité : la
guerre de succession d’Espagne grève lourdement les finances du
royaume , la révocation de l’édit de Nantes conduit
à de nouvelles persécutions envers les protestants , des troubles
intérieurs (révoltes des camisards) se produisent et sont matés.
Les huit
années de Régence (jusqu’en 1723) précédant
le règne de Louis XV marque cependant un tournant.
L’autorité monarchique est remise
en question et on assiste au développement
d’une pensée et
d’une économie libérale.
Une crise de
conscience touche la France
et annonce ce que l’on a coutume d’appeler « le
temps des Lumières »
« La littérature
d’idées » témoigne
de la volonté de mettre la raison au service des hommes.
L’écrivain se fait philosophe.
Les philosophes des lumières travaillent
à remettre en cause superstitions, clergés corrompus, privilèges et monarques absolus préparant ainsi les grands
bouleversements sociaux et
politiques de la fin du siècle.
Au XVIIIème, la science
devient à la mode. Elle n’est
plus l’affaire d’une élite. Les gens cultivés veulent
avoir leur propre cabinet de physique.
La science devient le mythe nouveau dont on attend un progrès
matériel ; progrès matériel mais aussi progrès social et moral dans la mesure où l’usage de la raison
doit permettre de mettre à bas les préjugés, les erreurs
et les injustices considérés comme les maux de
l’humanité.
A la différence
de leurs prédécesseurs, les philosophes
écrivains du XVIIIème sont issus de tous les milieux et en particulier de la bourgeoisie. Le travail n’est plus conçu
comme quelque chose de dégradant mais au contraire un moyen de transformer
le monde matériel.
L’ouvrage
qui cristallise ce courant est l’encyclopédie de Diderot
et D’Alembert
(1750, 1772) Œuvre à laquelle participent entre autres :
Rousseau , Montesquieu , Voltaire
….
Elle cherche
à vulgariser les théories nouvelles et prône le progrès des sciences et des arts. Son parti-pris est celui de la
raison, de l’empirisme et de l’esprit
critique.
Les philosophes
des Lumières portent leurs regards au delà des frontières.
L’Angleterre incarne pour eux un
modèle de tolérance religieuse,
son régime politique les séduit. La découverte
d’autres civilisations et d’autres cultures conduit les philosophes
à critiquer leurs propres coutumes.
L’exotisme
fascine et donne parfois lieu à des visions utopiques.
Cette sorte de
révolution de « contre culture »
a certes un large public mais n’est pas encore diffusée dans les
couches populaires toujours sous l’emprise du clergé, ce qui ne
semble pas gêner outre mesure les philosophes.
Voltaire
écrit en 1766 : « La croyance des peines et des
récompenses après la mort est un frein dont le peuple a besoin.
Il est fort bon de faire croire aux hommes qu’ils ont une âme
immortelle et qu’il y a un Dieu vengeur qui punira mes paysans
s’ils me volent mon blé et mon vin. Il me paraît essentiel
qu’il y ait des gueux ignorants »
Dans le domaine
scientifique, l’anglais Bradley en 1728 découvre ce que l’on considère comme la
principale preuve du mouvement de la terre : l’aberration de
la lumière ou aberration des fixes.
Il communique
à Halley deux résultats fondamentaux : la
confirmation des expériences de Roëmer
sur la vitesse de la lumière et surtout
sur la mobilité orbital de la terre.
Un grande question
anime les discussions entre savants de l’époque surtout en
France : Est-on cartésien ou newtonien ? Bien que les « principia »
furent publiés dés 1688 par l’Académie Royale des
sciences , les hostilités ne tardèrent pas que ce soit de la part
des universités , de l’Académie et dans les salons : les
mécanistes redoutaient le retour de la magie
dans les sciences.
Ces
controverses stimulèrent cependant la recherche : le travail des
astronomes et des esprits éclairés du XVIIIème consistera
précisément à vérifier les points contestés
de la théorie de Newton.
Deux hommes ont
joué un rôle important dans ces querelles : Fontenelle
et Voltaire ; mais aussi Maupertuis,
Clairaut , La Condamine
…..
Pour Voltaire,
la controverse sur la forme de la terre, qui se prêtait à
vérification experimentale , avait une importance particulière.
Dans ses
« Lettres Philosophiques » en 1734, il écrit :
« A
Paris , vous vous figurez la terre comme un melon , à Londres , elle est
aplatie des deux côtés »
Cette dispute
aboutit finalement à l’envoi de deux missions : l’une
en Laponie entre 1736 et 1737 dirigée par Maupertuis et
Clairaut, l’autre
au Pérou de 1735 à 1744
avec Bouguer et La Condamine.
Conclusion :
Un degré de méridien était plus grand en Laponie
qu’au Pérou. Ainsi la
Terre était bien aplatie aux pôles par suite de
sa rotation. Newton avait gagné.
La victoire fût
totale avec le retour de la
comète de Halley en 1759.
Le XVIIIème
a vu progresser la pluridisciplinarité : en intégrant le naturaliste Joseph Jussieu, le voyage au
Pérou a ouvert en 1735 un précédent heureux. Quelques
décennies plus tard, les expéditions scientifiques
s’organisent autour de savants aux champs d’investigation
variés ; comme celle de Cook en 1769. Mais il s’agissait
davantage d’exploitation coloniale que de recherches
désintéressées. La mission au Pérou voit la
coopération entre Français et Espagnols. En Laponie, Maupertuis
est accompagné par le suédois Celsius.
Et pourtant,
les conflits armés se succèdent. Entre autres, celle de sept ans
(1756, 1763) qui a bouleversé l’ordre européen.
Les
expéditions, comme celle de Delambre et Méchain (1792, 1798)
méritent certes le qualificatif de « purement
scientifique » mais aussi de « purement
politique ». Les
révolutionnaires avaient conçu le système métrique
pour organiser l’état, combattre les fraudes et faciliter les
échanges.
Mais il
était également une arme diplomatique pour Talleyrand et une œuvre
d’universalité pour Condorcet.
Les savants de l’époque
révolutionnaire ont poursuivi l’œuvre des philosophes des
lumières. Ils ont pleinement
participé aux événements qui ont aboli les
privilèges, les impôts injustes : comme Condorcet.
Beaucoup ont même payer de leur vie : comme Lavoisier,
le plus grand chimiste de l’époque.
Jocelyne Gomez