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Les    précurseurs

 

Ø      Pourquoi ? « Pour tous les hommes, pour tous les temps » (Condorcet)

 

Jusqu’à la révolution, il existait une quantité et une variété incroyable d’unités de mesures :

Le pied, la livre, la toise, la canne, l’aune, l’once, le boisseau, l’arpent, la perche ….qui à quelques lieues de distance n’avaient pas la même valeur. Comble ou ras !

Autrefois, cette multiplicité des unités ne gênait pas trop le commerce dont les déplacements étaient limités .Depuis Charlemagne, les tentatives de plusieurs rois de France pour réduire le nombre de mesures n’avaient pas aboutis : il est vrai qu’elles ne visaient qu’à imposer celles du pouvoir royal au pouvoir seigneurial qui évidemment n’en voulait pas. Au 18ème, le commerce, l’industrie, les sciences se développent : il fallait une mesure universelle pouvant être adoptée sans réticence.

Ce système d’unités, où le chercher, sinon sur notre planète qu’ils essaient de mesurer ?

A la fin du 17ème, on hésite entre la longueur d’un arc de méridien et celle du pendule battant la seconde en un lieu déterminé. L’affaire sera tranchée le 26 mars 1791 lors du rapport de Condorcet à « la Convention »  : L’unité réelle sera le quart du méridien terrestre, l’unité usuelle, la dix millionième partie du quart de méridien. Ainsi,  on en revient à une histoire de mesure de la terre !

Quart de méridien = 5 130 740 toises soit 1 m = 3 pieds 11,296 lignes ® 1799

Depuis on a utilisé en 1960 le krypton 86 puis en 1983 la vitesse de la lumière pour définir le mètre mais cela n’a pratiquement entraîné aucune modification sur la valeur de ce dernier.

 

Formes des la terre chez les grecs, chez les arabes, dans l’occident médiéval :

 

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Précisons qu'en ces temps-là, seule une petite minorité de personnes était instruite. De - 600 à +200, les hommes de science s'expriment en langue grecque ; ils résident en Sicile, Égypte ou Turquie (actuelles) ; les pôles majeurs sont l'Ionie, puis Alexandrie. Entre 700 et 1400, les savants utilisent la langue arabe, sont de religions très variées, et sont issus de peuples très différents ; on les trouve entre Espagne et Inde (actuels), et particulièrement à Bagdad.

On pourrait parler d'occident médiéval à partir de Boèce (+500) en Italie, jusqu'à Gutenberg (1450) et Magellan (1521) ; la langue en usage est alors le latin. Par Gênes, Venise et des comptoirs commerciaux tunisiens ou palestiniens d'une part, par l'Espagne & la Sicile d'autre part, l'Europe occidentale est en contact avec les restes de l'Empire Byzantin et avec les diverses dynasties des terres d'Islam.

 

1)      Les grecs, Ératosthène et Ptolémée

 

§         Représentations primitives dans le monde grec

 

Un riche débat cosmologique, pendant huit siècles, envisage un grand nombre d'hypothèses pour représenter, ou expliquer le monde observable : la terre et le ciel, les mouvements des astres et les météores, qui désignent des phénomènes atmosphériques ou les comètes.

Pour Thalès de Milet (-625 ; - 574), la Terre plate flotte sur l'eau de l'Océan, d'où tout provient, dans un monde hémisphérique.

 

 

Pour Anaximandre (-610 ; -547), un de ses élèves, la terre, privée de tout support, est un cylindre; il en déduit l'existence des antipodes ; la ciel est une boule creuse, la terre est en son centre.

 

 

            Anaximandre

 

Pour Pythagore de Samos (-565 ;- 495), élève d'Anaximandre, par souci de symétrie, la forme de la terre est sphérique ce qui explique un phénomène connu des marins : on voit, au loin, le mât d'un navire avant sa coque. Les premiers pythagoriciens sont au commencement de l'hypothèse héliocentrique. Parménide d'Élée (- 490), découvrant que toute la lumière vient du soleil, est le premier à expliquer les changements apparents de forme, observés pour la lune.

Héraclide du Pont (-388 ; - 315), élève de Platon (-427 ; -348), serait l'auteur de l'hypothèse de rotation diurne de la terre (d'après Aetius, Placita, ID, XTII, 3). .

La géographie mathématique progresse à l'époque d'Aristote, même si enseigner l'astronomie fut parfois interdit à Athènes, pour des raisons religieuses. Aristote aurait considéré le stade (ou coudée égyptienne, du temps de Sésostris) comme formant la 1/100000 ème partie du pôle à l'équateur.

 

§      Ératosthène

Considérant les éclipses de lune, attribuées à l'ombre que fait la terre, Aristarque de Samos (-310 ; -230) fait ses calculs en supposant l'ombre cylindrique (son héliocentrisme, précurseur de Copernic, sera prétexte à l'accuser d'impiété), tandis que Hipparque de Nicée (-180 ; -125 ) utilise une ombre conique, plus proche de la réalité. Hipparque contribue à fonder la trigonométrie ; il est géocentriste, contestant (comme Archimède) l'hypothèse héliocentrique à cause de la taille démesurée qu'il faudrait attribuer à l'univers. La parallaxe des étoiles ne sera observée qu'à partir de Bradley.

 

 

    Eratosthène

 

 

Au-delà des arpentages depuis longtemps pratiqués, la géodésie commence avec la mesure réalisée en Égypte, par Ératosthène de Cyrène (-276 ;-195), précédé cependant par Dicéarque de Messine (- -310), qui mesura un arc au nord de Syène (actuellement Assouan), et compara le rayon de la terre ainsi obtenu, à la hauteur des montagnes environnantes.

La méthode utilisée par Ératosthène  ne nous est connue que par une description détaillée faite par Cléomède (De motu circulari, l, 10). Le résultat, 5000 stades entre Alexandrie et Syène, pour 1/50 du quart de la circonférence totale de la terre, accepté par Hipparque, sera confirmé par Strabon (Géographie, 132) et Pline (Histoire Naturelle, II, 247).

Ératosthène aurait dit : Si l'étendue de l'Océan Atlantique n'y faisait obstacle, on irait facilement par mer, de l'Ibérie (= Espagne) à l'Inde, en suivant un même parallèle.

 

§        Ptolémée

 

 

 

 

C'est à Claude PTOLÉMÉE (110 ;160) , astronome, astrologue, géographe, mathématicien, qu'on attribue une vraie mathématisation de la géographie ; il a le courage d'assumer les conséquences cartographiques de la sphéricité de la Terre, projetant avec succès une surface sphérique sur un plan. Il corrige ainsi une cartographie reçue de Marin de Tyr, et décrit jusqu'à quatre techniques de projection cartographique:

 

b) des méridiens coupant des parallèles tracés en cercles, centrés au pôle où les méridiens convergent c) 1 seul méridien rectiligne (au centre), les autres en cercles de plus en plus courbés en s'écartant; pour donner l'illusion de perspective

d) une carte plane à l'intérieur d'une sphère armillaire (peu utilisée !)

Si (a) ne s'applique qu'à des cartes "régionales", (b) provient sans doute d'Hipparque, tandis que (c) ressemble à la technique actuelle de Bonne. 7

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


     Ptolémée

 

     a) des méridiens rectilignes convergeant vers le pôle, et des parallèles rectilignes (perpendiculaires aux méridiens)

     b) des méridiens coupant des parallèles tracés en cercles, centrés au pôle où les méridiens convergent

     c) 1 seul méridien rectiligne (au centre), les autres en cercles de plus en plus courbés en s'écartant; pour donner l'illusion de perspective

     d) une carte plane à l'intérieur d'une sphère armillaire (peu utilisée !)

 

romain font partie de ses motivations. Al-Khwarizmi (connu pour avoir développé l'algèbre) s'efforçait d'améliorer la géographie de Ptolémée et les méthodes de projection cartographique. Il

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


   Sphère armillaire

 

  Si (a) ne s'applique qu'à des cartes "régionales", (b) provient sans doute d'Hipparque, tandis que (c) ressemble à la technique actuelle de Bonne.

Ptolémée se trompe lourdement en mettant Marseille à la même latitude que Byzance et Babylone.

Sa valeur du rayon terrestre est faussée, car il préfère les résultats de Posidonius d’Apamée, et non ceux d'Ératosthène.

On lui doit des mots tels que latitude, longitude (= largeur, longueur du monde), minutes et secondes de degré, dans sa division du cercle en 60 "partes minutae primae", chacune divisée en 60 "partes minutae secundae". Le manuscrit grec du Traité de Géographie, de Ptolémée, parvient en Occident au début, du XTIIème siècle. Ce livre fut traduit de grec en français, pour la première fois en 1828, par l'abbé Ha1ma.

Les progrès en cartographie ont résulté de deux hypothèses : a) l'hypothèse géocentrique, qui conduit à un univers sphérique ; l'hypothèse antipodique, par laquelle les parties du monde présentent des symétries. Héron d'Alexandrie évalue la différence de longitude entre Rome et Alexandrie avec l'observation d'une éclipse de Lune, simultanément en ces deux villes.

 

2)      Période médiévale: en terres d'Islam, en Occident , en Chine

 

§         En Occident, après l'Empire romain

 

Mais Cosmas d'Alexandrie (519, baptisé en 548), "géographe" chrétien que tous suivront, attaque dès le premier de ses douze livres de Mémoires, cette abominable hérésie que constitue la sphéricité de la Terre; puisque l'humanité provient toute entière de l'arche de Noé, qu'à l'équateur s'étend une barrière infernale, aucun homme ne peut vivre aux antipodes. Il écrit aussi que quatre grands fleuves sortent du paradis : Indus, Nil, Tigre, Euphrate.

L'essentiel de la pensée médiévale, à cet égard, sera décrit ensuite, avec la cartographie.

 

§         En terres  d'Islam

 

À Bagdad, le calife al-Mamoun crée un observatoire astronomique, en 820 ; la Maison de Sagesse y abrite déjà de nombreux travaux de traduction et de recherches  ; ce calife ordonne des travaux pour évaluer un degré de méridien, "mesurant la terre, par l'inspection du ciel" . La recherche des coordonnées géographiques de la Mecque, la nécessité de connaître la valeur du mille romain font partie de ses motivations. Al-Khwarizmi (connu pour avoir développé l'algèbre) s'efforçait d'améliorer la géographie de Ptolémée et les méthodes de projection cartographique.

 

  Ibn Y1JNUS (astronome égyptien, 950-1009) en rend compte, attribuant l'exécution du travail à Send Ben Ali et Kaled ben Abdal Malek.

La localisation de ces mesures varie parfois, selon les sources consultées :

* "Persuadés de la sphéricité de la terre, ils mesurèrent un degré terrestre en prenant simultanément la position du soleil de Palmyre et de la plaine de Sin jar. Ils n'acceptaient rien qui n'ait été confirmé par l'expérimentation. Un rapport sur la Chine précède les voyages de Marco-Polo de 425 ans." (Durant)

 

 
 

 

 

 

 

 


Al - Khwarizmi

 

  * "Zinjar plateau, close to Baghdad", d'après Encyclopaedia Brittanica, à l'article GEODESY.

  * Dans la plaine de Sangiar, et près de la côte de la Mer Rouge. (abbé Halma)            

  * Deux expéditions furent conduites, l'une par al-Marwarrudhi, l'autre par Ali ibn Isa al-Asturlabi ; en traversée Nord-Sud du désert d'Irak, au sud de Sinjar (100 km à l'ouest de Mossoul).

On manque de détails sur les méthodes employées, mais cela a dû suffire pour se décider sur une valeur du mille romain. Al Batiani (= Albategnius (850 ; 929), sabéen originaire de Rakka) est cité à propos de ces mesures; il a fait progresser la trigonométrie.

Empereur Tang Tai Zong

 

Au début de l’époque médiévale, les grands géographes sont les chinois. L’apogée de la géographie chinoise se situe vers les VIIe et VIIIe siècles, sous la dynastie Tang.

Une grande exactitude avec un quadrillage, sa grille de coordonnées. Cette technique cartographique avancée n’empêche pas la vision chinoise du cosmos d’être encore parfaitement archaïque, avec une terre carrée sous un ciel rond, ou encore une terre jouant le rôle du jaune dans l’œuf universel. Et ils avaient la boussole !

 

 
 


§         En Chine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Mesures antérieures à Picard (bilan chronologique)

 

 

 

1)  Avant 1500 :

 

 - 310 : Dicéarque de Messine fait une mesure au nord de SYÈNE; l'altitude des montagnes est évaluée à 10 ou 15 stades (soit au plus 3000m), tandis que la circonférence de la terre vaut trois cents à quatre cents mille stades, avec un stade probable valant entre 148 et 198 m. Cela conduit à un degré de méridien terrestre pouvant être évalué, à cette époque, entre 123 et 220 km environ.

 

-240 : Ératosthène de Cyrène aurait utilisé un bêmatiste, qui est un marcheur entraîné à marcher d'un pas égal pour l'arpentage. Son résultat donne 5000 stades entre Alexandrie et Syène, pour 1/50 de circonférence totale, soit plus commodément 252 000 stades pour la circonférence terrestre ; cependant il s'agit de villes qui ne sont pas situées sur le même méridien.

Entre Syène et Lysimadia (dans l'Hellespont, ville non retrouvée avec certitude), Ératosthène compte 13100 stades (au lieu 20 000), pour l'oecoumène, c'est-à-dire le monde habité connu.

 

-135 ; - 51 : Posidonius d'Apamée, ami de Cicéron, travaillait à Rhodes. Il put observer que Canopus (dans la constellation Carina) rase l'horizon à sa culmination, alors qu'à Alexandrie, elle culmine à 7° 1/2 de hauteur, lors de son passage au méridien. La réfraction altérait ces données d'un 1/2°. Ces villes ne sont pas sur le même méridien; leur distance était estimée par les marins à 5000 stades. Posidonius d'Apamée évaluant la différence de latitude à 1/48 de circonférence (au lieu de 5°1/4) conclut à 240 000 stades, pour la circonférence terrestre.  _

            _

110 ; 160 : Ptolémée, à la suite de Posidonius, et de Strabon, prend 80 km au lieu de 112 km pour un degré de méridien, négligeant ainsi les résultats d'Ératosthène, antérieurs d'un siècle.

 

820:  al-Mamoun ; dans le désert du Sinjar (à l'Ouest de Mossoul, en Iraq) les astronomes arabes trouvent 35 000 km pour circonférence de la terre, d'après Ibn Yunus.

 

2)      En Europe, de Fernel à Picard :

 

 

 

1550: Jean Fernel (1485 - 1558, médecin français) mesure 56746 toises, pour un écart de 1° en latitude, au Nord de Paris; en calculant par avance la hauteur de passage au méridien du soleil dans les jours à venir (fin août) selon la latitude, en comptant les tours de roue, au retour.

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


      Jean Fernel

 

 

1617 : Willebrord van Royen Snellius connu sous le nom de Snellius (1580 - 1626) trouve 55 021 toises (ou 55 110 ?)  , entre Allanaar et Berg-op-zoom [via Leyde, dans les Pays-Bas actuels], par triangulation ; on lui doit aussi le principe de Descartes (en optique, pour la réfraction). Ce procédé [consistant à mesurer une seule base et des angles dans plusieurs triangles qui se raccordent] est proposé, en 1537, par Reiner Gemma Frisius (1508 ; 1555), qui publia (à 21 ans) en une édition soigneusement corrigée, Cosmographicus liber Petri Apiani mathematici ... Ses contacts avec les espagnols lui permettaient d'être au courant de l'actualité des découvertes. Il dessine aussi des globes, et donne des leçons à domicile à Mercator.

Cette technique aurait été mise en oeuvre par Tycho-Brahé, qui voulait situer avec précision son observatoire astronomique insulaire (Uraniborg) entre Copenhague et la Suède.

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


    Tycho Brahé à Uraniborg

 

 

1633-1636 : Richard NORWOOD, (1590 ; 1675, astronome anglais) mesure 57 300 toises. Il s'était proposé de déterminer la circonférence de la terre en mesurant, la chaîne à la main, la distance de Londres à York; un degré de l'arc de méridien vaut 69,2 miles anglais (avec 1 mile = 1609 m) soit 111 343 mètres. (The seaman’s practice de Norwood)

 

1644-1656: Jean-Baptiste RICCIOLI (1598 ; 1671 : jésuite, ami de Grimaldi) exécute la commande du pape,.et mesure entre Rome et Rimini (le long de la vallée du Tibre) 64 363 pas bolonais, c'est-à-dire 62 900 toises, pour un degré. Soucieux de composer un livre de métrologie, il s'était fait expédier un exemplaire du pied en usage dans chaque pays (par les membres de sa Compagnie, les Jésuites) ;il critique aussi, à juste titre, l'imprécision du travail de Snellius. Ses mesures ont souffert du phénomène de réfraction atmosphérique (déjà étudié par Tycho-Brahé). Les tables de latitude et de longitude de lieux connus, bien qu'encore inexactes, précèdent de 30 ou 40 ans la réforme cartographique de G. Delisle.

 

 

La controverse de l’aplatissement

 

Newton, opposé à Cassini

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


      Newton

 

 

 

Une polémique va naître en France, soumise à l'Académie qu'avait créée Colbert au XVIIème siècle. On se rappellera comment il est possible de se disputer lorsqu'il s'agit de manger les oeufs-coque parle petit ou le gros bout (Gulliver à Lilliput). Les jeunes académiciens tendent à être newtoniens. Voltaire sera d'abord l'ami de Maupertuis, puis s'en moquera (le Docteur Akakia). Deux expéditions sont décidées. Ces questions, pour théoriques qu'elles soient, avaient aussi pour enjeu d'améliorer les connaissances pour la navigation (il y va de plusieurs dizaines de kilomètres), et la concurrence est rude entre Angleterre et France (Louis XV, en 2ème partie du XVIIIème).

 

 Pesanteur et latitude

 

       Lorsque Maupertuis et ses compagnons firent leurs mesures en Laponie, ils prirent garde à un problème,. ( la figure de la Terre étant connue, et le rapport de la pesanteur sous l'Équateur, à la pesanteur sous une latitude donnée étant connu, trouver l'angle que forme la direction de la pesanteur actuelle, avec la direction de la Gravité primitive, ou le point de l'axe de la terre, vers lequel tend la Gravité !)

 En 1672, à Cayenne, Richer avait observé qu'entre la latitude de Paris et l'équateur, on observait une variation pour la longueur du pendule battant la seconde ; une hypothèse raisonnable consistait à considérer que la force de pesanteur variait selon la latitude.

 

 

Mesures françaises et étrangères aux XVIIème et XVIIIème siècles

 

 

§         Picard :

      Le procédé de triangulation donna de bonnes mesures, dès qu'on disposa d'instruments de visée suffisamment précis, associés à des techniques de calcul trigonométrique connues depuis longtemps.

[Dans son rapport de 1669 à l'Académie, Picard insistait sur l'étroite liaison qui doit exister entre opérations topographiques et canevas de triangulation géodésique... Et Colbert faisait connaître à l'Académie qu'il désirait que l'on travaillât à faire-des cartes géographiques plus exactes].

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


1669-1671, l'abbé Jean Picard (1620-1682) mesure 57,060 toises pour le degré de méridien.

Cette première mesure (avec une erreur de 14 toises) fut attendue par NEWTON, pour publier en 1685, ses Principia. Prenant pour base Villejuif - Juvisy (au Sud de Paris, la plaine du Long Boyau)

qu'il mesure avec des perches de deux toises [il trouve 5663 toises du Châtelet], Picard utilisa 13 triangles principaux, entre Sourdon (au Sud d'Amiens) et  Malvoisine (voir La Ferté-Allais et Corbeil, dans le département actuel de l'Essonne) ; il est remarquable que Picard prit soin de fournir les moyens de retrouver la "toise du Châtelet" qu'il employa, en la comparant à la longueur du pendule simple qui bat la seconde à Paris; de peur qu'il n'arrive à cette toise ce qui est arrivé à toutes les anciennes mesures dont il ne reste que le nom, dit-il. Picard prit des précautions énormes, dont on n'avait jamais eu l'idée, utilisant un quart de cercle de 38 pouces (= 1,02m) de rayon, muni de deux lunettes, l'une fixe, l'autre mobile, et munies de réticules, ce qui donnait les quarts de minute d'arc.

§         La méridienne de Cassini :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


J. Cassini

 

 

 

                                               J. D. Cassini

                                                                                                 La Hire

                                                                                    

1683 - 1718, Cassini et Philippe de La Hire (1640-1718) entreprennent de prolonger ce travail vers le Nord et vers le Sud. Les travaux débutent sous la direction de Jean-Dominique Cassini, mais sont interrompus dès la fin de l'année, par la mort de Colbert (son successeur, Louvois, s'en désintçresse, et les crédits sont coupés). En 1700, Cassini, aidé par son fils Jacques, reprend le travail, l'achevant en 1701 (au Canigou). La guerre de succession d'Espagne absorbant tous les crédits, la partie nord (confiée à La Hire) était inachevée. La partie située entre Sourdon et Amiens devait être reprise, et c'est en 1718 qu'elle est prolongée jusqu'à Dunkerque, par Jacques Cassini, Maraldi et le fils La Hire. Jacques Cassini a résumé le travail dans son ouvrage: Traité de la Grandeur et de la Figure de la Terre.

Cette méridienne, dont les stations astronomiques principales sont Collioure, Paris, Dunkerque, est appuyée sur trois bases :

- la base de Leucate-Saint Nazary, près de Perpignan (1701) ;

- la base de Villejuif-Juvisy, de Picard (1669) ;

-la base de Dunkerque (1718). On choisissait d'observer simultanément la même étoile, "afin d'éviter le scrupule qu'on peut avoir de quelques variations de hauteur des étoiles fixes en différentes saisons de l'année" .

Avec ces mesures, Jacques Cassini trouve, pour un degré de méridien, 57 097 toises sur Paris-­Collioure, 56 960 toises sur Paris-Dunkerque, d'où un allongement selon l'axe polaire de 0,07.

 

§         Carte de France, par Cassini de Thury :

 

En 1733, Jacques Cassini et son fils Cassini de Thury, avec Maraldi, joignent Paris à Saint-Malo par une chaîne de triangles. Picard avait étudié les phénomènes d'éclipses et d'occultations des satellites galiléens de Jupiter, comme méthode pour déterminer des longitudes d'un grand nombre de villes côtières (le phénomène, daté d'avance dans une table, permet de connaître l'heure sidérale, et l'heure du méridien de l'observatoire). Ainsi, les longitudes de St-Malo et de Strasbourg étaient-elles fixées.

Cependant les mesures de cet arc de parallèle contredisaient encore l'aplatissement aux pôles. Lorsque Maupertuis (le 13 Novembre 1737) communique les résultats de l'expédition en Laponie, les mesures de Cassini apparaissent comme fausses, et il est décidé de re-mesurer la méridienne ; on confie cette tâche, en 1738, à Cassini de Thury et à l'abbé La Caille (1739 - 1742).

Corrigeant l'amplitude astronomique de l'arc de Picard, avec un secteur de Graham, et tenant compte de l'aberration annuelle des étoiles (découverte par Bradley en 1728), Le Monnier trouve 57183 toises (en 1740), au lieu des 57030 toises attribuées par Cassini.

On peut encore ajouter, au-delà de ce travail de mesures aussi rigoureux que possible, qu'une réforme cartographique est impulsée par Guillaume Delisle (1675-1726), et Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville (1697-1782).

 

Expéditions

                                                                                  .

   Ces expéditions furent demandées par l'Académie, et présentées favorablement au roi Louis XV par le comte de Maurepas, ministre, et depuis 1725, académicien honoraire.

L'arc de méridien, pour un degré, fut évalué respectivement (après mesures et calcul) :

en 1737, en Laponie (66° Nord), à 57438 toises, par Maupertuis [en 7 triangles] ;

en 1740, en France (49° Nord), à 57074 toises, par La Caille & Cassini III;

en 1743, sous l'équateur (0°), à 56737 toises, par Bouguer et La Condamine;

en 1751, au Cap (33° Sud), à 57037 toises, par La Caille.

TI faudra, pour expliquer les divergences "assez considérables" dans les mesures, comparer les toises (du Châtelet, de Laponie, du Pérou, de l'Académie) ; ces mesures conduisaient, en effet, à des aplatissements différents.

 

§         En Laponie (Maupertuis)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


       Maupertuis                                                            Celsius

 

Si cette expédition fut la première à donner ses résultats (le voyage ayant été nettement plus court), elle partit un an après l'expédition du Pérou. Quatre membres de l'Académie des Sciences en firent partie: Pierre-Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759), Alexis-Claude ClaIraut (1713-1765), Charles-Etienne Camus (1699-1768), Pierre-Charles Le Monnier (1715-1799), auxquels se joint un correspondant, l'abbé Réginald Outhier (1694-1774). Un professeur d'astronomie Anders Celsius (1701­1744), de l'université d'Uppsala (en Suède, pays d'accueil), sera l'interlocuteur avec le roi, et associé aux observations.

 

Partie de Dunkerque, le 2 mai 1736, cette mission est à Stockholm le 21 mai ; les îles se révèlent trop basses le long de la côte, aussi le fleuve Tomea (= Tornio, en finnois) guidera, du nord au sud, le parcours de la mission. Un détachement de l'armée suédoise est affecté pour aider aux travaux. Il fallait profiter de l'été, et le 2 septembre, toutes les mesures d'angles de triangulation sont achevées. L'expédition est sans doute responsable d'un feu de forêt qui dura une semaine, observable à 40 km.

La chaîne géodésique s'étend sur environ 100 km, de Tomea à Kittis (Pello) et comprend neuf sommets. On mesura la base, en décembre, sur le fleuve gelé (bien horizontal ainsi). Les observations stellaires (pour mesurer les latitudes) sont faites en octobre à Kittis, et en novembre à Tornio. La neige, et le froid très vif rendent les déplacements quasi impossibles. Ces jeunes hommes découvrent les "joies" de la descente de rapides, à la lapone, ou la conduite de traîneaux tirés par des rennes à peine domestiqués; sans compter en été, celle d'être "dévoré" par les moustiques et mouches du pays.

Après quelques vérifications (et une répétition de certaines mesures, pour être sûr), le matériel fut embarqué en juin 1737, fit naufrage (la toise étalon est alors très rouillée) ; mais les académiciens, peuvent être de retour à Paris, le 21 août. Maupertuis présente, le 13 novembre 1737, un compte-rendu triomphant à l'Académie, en séance publique solennelle. La Terre est. aplatie aux pôles. Son succès lui montera un peu à la tête.

 

§         Au Pérou (Bouguer et La Condamine)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


            Bouguer                                Charles de la Condamine                 Louis Godin

 

Partie de La Rochelle le 16 mai 1735, l'expédition du Pérou connut d'innombrables difficultés, et les disputes et rivalités entre académiciens n'arrangèrent rien. Louis Godin (1704-1760), chef en titre de la mission, aura dépensé tout l'argent, pour sa gloire, lorsqu'il arrivera à Quito ; Pierre Bouguer (1698­1758), mathématicien et physicien, vit essentiellement pour son travail ; Charles de La Condamine (1701-1774), chimiste et géographe, est un homme du monde, capable de séduire les puissants, et habile à se débrouiller, puisqu'il financera l'expédition grâce à un trafic d'or en contrebande (sans s'oublier lui-­même) ; Joseph de Jussieu (1704-1779), naturaliste, médecin des pauvres, humainement touché par le sort fait aux indiens dans les mines du Potosi, constituera une collection botanique et animale exceptionnelle, qui sera perdue. Le roi d'Espagne, soucieux de se protéger de l'espionnage, a fait nommer deux jeunes officiers Jorge Juan (23 ans) et Antonio de Ulloa (20 ans, en 1735), qui furent loyaux et compétents, s'intéressant au travail, facilitant les démarches. Après une escale nécessaire aux Antilles, la traversée de l'isthme de Panama, il faut attendre juin 1736, pour que tous se retrouvent à Quito, après quelques péripéties dangereuses.

Le vice-roi siège à Lima, le courrier entre Paris et Quito (aller et retour) peut mettre deux ans. L'altitude minimale est 2800m, et il faudra parfois monter à 4000m pour installer des stations observables, lorsque la brume, très fréquente, veut bien se dégager. Les Indiens qu'on embauche disparaissent facilement en pleine nuit, abandonnant les européens, emportant le matériel qui leur plait. Et parfois un tremblement de terre dérègle les installations: Une première base est mesurée à Yarouqui, au nord de Quito ; puis le froid, la neige, le mal des montagnes accompagneront, des années durant, les académiciens français.. L'autre base sera Cuença (pour Godin) ou Tarqui (pour Bouguer et La Condamine). Les observations furent terminées en 1743 ; La Condamine prit la liberté de revenir par l'Amazonie, embarquant pour l'Europe à Cayenne. Mais Bouguer communiqua ses propres résultats à l'Académie, le 14 novembre 1744 (sept ans après Maupertuis), sans attendre le retour de La Condamine qui débarque à Amsterdam, le 30 novembre 1744, ayant ramené le caoutchouc utilisé par les Indiens. En revanche Godin, poussé par la nécessité, avait donné des cours à Quito, et du fait de ce travail, était radié de l'Académie, et ne savait comment rentrer en France, dans le déshonneur.

 

 

En Italie, et aussi au XIXème siècle

 

 

1751, au Nord du Cap (de Bonne espérance), l'abbé Nicolas Louis de La Caille (1713-1762), parti aussi pour observer les étoiles du ciel austral, mesure un petit arc, trouvant 57037 toises.

1754, entre Rome et Rimini, les pères jésuites Maire et Boscowitch mesurent 56973 toises.

1762-1763, en PIÉMONT, entre Andrate et Mondovi, Beccaria obtient 57468 toises.

1768, en Amérique du NORD (Maryland & Pensylvanie), Mason et Dixon trouvent 56888 toises.

1801-1803 - Svanberg, sur un arc plus long que celui de Maupertuis, établit un degré égal à 57196 toises, en raison d'une erreur sur l'amplitude astronomique, égale à 10" ; la Commission des Poids et Mesures avait été amenée à suspecter le résultat de Maupertuis, demandant de refaire les mesures. 1807, Arago et Biot prolongent la méridienne jusqu'aux îles Baléares (Dunkerque-Formentera).

Depuis, au XIXème siècle, nombre d'autres arcs furent mesurés au Bengale, dans les Indes orientales, en Courlande, dans le Hanovre, en Prusse orientale, au Danemark, etc.      .

Jocelyne Gomez