Le Centre Galois : ma première pierre mathématique


L'avant : les a priori

Élève de seconde d'un lycée tout au plus normal, à Châteauroux, une petite ville berrichonne, j'avais une certaine préférence pour les maths, mais ce n'était pas un amour passionné. Un jour, mon professeur de mathématiques me propose de candidater au Centre Galois : quelques recherches sur internet, un peu d'espoir, la rédaction d'une lettre de motivation, la sélection et me voilà dans la liste des 30 chanceux. Arrive alors le moment d'appréhension, avant d'arriver au Centre, j'étais alors persuadé que j'allais passer une semaine avec 14 fous de mathématiques totalement refermés sur eux-mêmes. Et puis en arrivant, je me suis rendu compte que les 14 autres avaient eu la même appréhension, et surtout, que les élèves du Centre sont des personnes tout à fait normales. On s'y fait des amis, et des amis pour longtemps.

La semaine au Centre Galois : les découvertes

Ce moment est une aventure scientifique et humaine. La journée, j'ai appris une quantité incommensurable de façons de penser mathématiques. En effet, pas question de retenir l'intégralité des techniques qu'on présente au Centre, ce ne serait pas humainement possible. Mais j'ai appris des tonnes de concepts, découvert l'existence d'objets, de théories, le tout expliqué par des chercheurs passionnés et qui avaient à cœur de nous faire comprendre. Le soir, on découvre les autres stagiaires. Pour beaucoup d'entre nous, c'était la première fois qu'on rencontrait autant de personnes de notre âge intéressées par les mathématiques. Et puis comme n'importe quelle « colonie de vacances », on s'y fait de bons amis. Le Centre c'était la première fois que je rencontrais un chercheur, et j'en ai rencontré beaucoup. Sur le coup, ça ne m'a pas fait aimer la recherche, mais ça m'a fait aimer les chercheurs. En revanche, c'était bel et bien le moment qui m'a fait pencher du côté mathématique de ma carrière.

Après le Centre : l'importance du mini-réseau

Une fois finie cette semaine, bien évidemment, tout le monde se promet de se revoir. On sait tous que c'est plus ou moins vrai. Pour ma part, nous nous sommes revus quelques fois, plus par amitié que pour des mathématiques. Une fois en terminale, j'ai reçu un mail de Philippe Grillot, pour me parler du TFJM2, un tournoi de recherche mathématique par équipe. En effet, tous isolés dans nos classes, nous n'étions pas assez nombreux, mais avec les amis du Centre, on a pu faire une équipe. Géographiquement très dispersée, notre équipe n'avait pas de grande prétention sur le classement, on y allait pour le plaisir (et persuadés de se faire massacrer mathématiquement par les autres équipes de lycées très prestigieux). Rien n'en fut et nous sommes sortis cinquièmes sur 18 de ce tournoi, devant nombre d'établissements beaucoup plus prestigieux que les nôtres. Ajoutons à cela que sur les cinq galoisiens de l'équipe, tous ont intégré une casse préparatoire MPSI jugée prestigieuse. Je suis entré à Louis le Grand avec un autre membre de l'équipe, dans la même classe. Deux ans plus tard, nous sommes tous les cinq dans de grandes écoles d'ingénieurs au top 10 français.
A posteriori, le Centre Galois semble avoir été l'élément déclencheur de cet intérêt pour les mathématiques de haut niveau : nous (et moi plus particulièrement) aurions fait des maths sans le Centre Galois, mais certainement à un niveau beaucoup moins haut. Ce fut l'occasion de prendre confiance en nous, et surtout, de se convaincre qu'on pouvait venir d'une petite ville d'un territoire scientifiquement sinistré, descendre d'une famille qui n'a jamais fait de mathématiques après le collège, et avoir un talent ainsi qu'un avenir mathématique.
Je suis aujourd'hui en première année à l'École nationale des Ponts et chaussées, l'un des cinq membres du Comité national d'organisation du TFJM2, et un bénévole qui passe de nombreuses heures à organiser des manifestations mathématiques extrascolaires. Et peut-être bientôt, un des orateurs du Centre Galois.


Antoine Martin



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