Dans la société fortement christianisée du Moyen Âge, il est difficile de penser la justice ou le droit sans le regard de Dieu, qui sonde les reins et les cœurs. La pensée chrétienne tourne autour de la question du péché ou de la faute et l’issue des Temps coïncide avec un Dernier Jugement qui engage le sort de chacun pour l’éternité. Mais qu’en est-il concrètement de ce rapport entre justice humaine et justice divine ? Certaines pratiques médiévales interrogent directement ce Dieu Juge et juste : on connaît particulièrement l’ordalie, qui a fait couler beaucoup d’encre, mais moins bien le duel judiciaire.
Le XVI e siècle n’y substitue pas brutalement la juridiction du point d’honneur, puisque le duel judiciaire ne disparaît que peu à peu des droits coutumiers et connaît une dernière manifestation éclatante lors de l’affrontement entre Jarnac et La Châtaigneraye (1547). La noblesse duelliste, nostalgique du « bon vieux temps », a le sentiment de s’inscrire dans la tradition de ses ancêtres médiévaux – non sans se mettre à l’école des maîtres-escrimeurs italiens. Comment s’instaure un nouveau rituel, élargi désormais à des « seconds » qui peuvent être encore tiers ou quarts ? À quelles difficultés se heurtent les tentatives royales de législation ? Quelle portée revêt au juste la menace d’excommunication du Concile de Trente ?