Université d'Orléans

Les formes de contestation des normes et des modèles

Dans cette perspective, on analysera à nouveaux frais les notions de dissidence, de déviance et d’erreur, notamment d’erreur en la foi (hérésie) qui, en étant présentées (parfois fictivement) comme des remises en cause des normes existantes, contribuent elles aussi à des tentatives de fixation de ces normes et à la construction d’autres normes. Ceci débouche sur différents volets d’analyse :

– les condamnations des réputées déviances par les pouvoirs établis et/ou la société. La distinction entre les normes vues comme imposées par un pouvoir quel qu’il soit et les normes issues d’une construction sociale et culturelle est-elle fondée ? Voir à ce sujet le débat relancé par des travaux comme ceux de Julien Théry autour de la construction juridique de la fama[5]. On essaiera de voir dans quelle mesure il peut y avoir en ce domaine des concurrences et rivalités entre les institutions et les pouvoirs, notamment entre pouvoirs institutionnels et pouvoirs contestataires et informels, au sein de l’Église, de l’État et des différentes parties du corps social.

– la question de la violence persistante des membres de l’aristocratie et des chefs de guerre et celle du contrôle ou du monopole de la force : le phénomène des Ecorcheurs et de leur récupération dans le cadre de la naissance de l’armée permanente à la fin de la guerre de Cent Ans est particulièrement intéressant à étudier à cet égard ;

– la justification éventuelle de la dissidence : la liberté sexuelle (cf. la deuxième partie du Roman de la Rose de Jean de Meun et la querelle que le texte provoqua au XVe siècle, sous l’impulsion de Christine de Pizan ; voir aussi le cas complexe des fabliaux, qui semblent dire avec liberté, pour en fait soutenir les normes[6]) ; le cas du discours magique ;

– la construction des modèles d’inversion de la norme : le sodomite, l’hérétique, le juif criminel, le sarrazin, le sorcier pactisant avec le démon, le sauvage, le monstre, autant de modèles répulsifs qui déclenchent un processus de mise au pas puis d’élimination des boucs émissaires d’une « opinion » (terme à discuter) conditionnée par les « médias » de l’époque concernée.