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– normes politico-religieuses : le ‘long Moyen Âge’ est une période de fortes turbulences et de grande complexité par rapport à des normes qui se construisent (le « roi très chrétien », le mariage chrétien par exemple) ou tentent de le faire dans un champ de tensions parfois très aiguës, touchant au politique, au théologique, à la question des rapports entre Église et État, à celle des liens entre l’ici-bas et l’au-delà (anges et démons, hiérarchies angéliques et démoniaques…). On étudiera également dans ce cadre les rituels et la symbolique de l’État naissant ;
– normes sociales et culturelles : on s’intéressera notamment aux modes d’adhésion aux valeurs morales, aux normes familiales et sexuelles, aux représentations sociales (exemple du vêtement, de la « construction du corps de mode » [Odile Blanc] à partir du milieu du XIVe siècle) ;
– normes juridiques : le Moyen Âge est la période par excellence de construction du droit en Europe : droit canonique et droit savant, après la prétendue ‘redécouverte’ du droit romain à la fin du XIe siècle et la progression des collections canoniques (Yves de Chartres) vers le Décret de Gratien puis ses glosateurs et leurs critiques (Alciat…) . Se posent autour de cette construction, sur fond de tensions sociopolitiques et juridiques (place de la coutume, expansion de la justice royale, tension avec les officialités…), les questions touchant à l’écriture du droit, à la définition des catégories juridiques et au travail de qualification, aux pratiques de justice et d’instrumentalisation des savoirs (historiques, géographiques, etc.) à des fins juridiques ;
– normes et modèles scientifiques : les sciences médiévales et de la Renaissance sont profondément animées par la question des normes, d’autant plus que leur évolution dépend d’un ensemble de mouvements de perturbations à la fois exogènes et endogènes : diffusion des sciences gréco-arabes surtout à partir du XIIe siècle, critique de certaines données de la philosophie naturelle d’Aristote au XIVe siècle, valeur en partie nouvelle accordée à l’expérience, genèse de la science dite ‘moderne’ et d’un nouveau système du monde (Copernic…)[1] ; derrière ces multiples transformations, se font jour des débats portant sur les normes et les champs d’application des sciences et sur la validité des hypothèses : distinctions entre science et magie[2], entre savant et empirique, entre savoirs savants, vulgarisés et prétendument populaires[3] ;
– normes et modèles littéraires : le monde lettré se caractérisant par le bilinguisme, avec des langues porteuses de valeurs souvent différentes, voire contradictoires (latin/vernaculaire), identificatrices de groupes sociaux (clercs/laïcs), la question des normes littéraires occupe une place de premier rang, qui s’articule sur des questionnements jalonnant l’histoire littéraire et l’histoire des savoirs : la genèse de la notion d’auteur ; le poids de l’auctoritas et la distinction entre authentique et apocryphe ; les stratégies d’anonymat et d’attribution ; les relations entre droit et fiction ; les écritures didactiques ; les témoignages, entre chronique et fiction).