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L’éruption de la Montagne Pelée en 1902-04 est une éruption volcanique fameuse à divers titres. D’abord, c’est une catastrophe humaine de première importance. Le nombre de victimes est imprécis, de l’ordre de 28000 à 30000, mais en fait l’éruption volcanique la plus meurtrière du 20ème siècle et jusqu’à aujourd’hui. Ensuite, elle a fait découvrir aux scientifiques de l’époque des phénomènes volcaniques alors très mal connus : d’une part, la formation et la croissance d’un dôme de lave ; d’autre part, accompagnant cette croissance, des manifestations plus ou moins explosives qui ont généré des écoulements pyroclastiques.
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Ces écoulements pyroclastiques, des suspensions de particules à haute température descendant le flanc du volcan à vitesse élevée (entre 10 et 100 m/s), ont pour la plupart été confinés dans une vallée du versant ouest, la vallée de la rivière Blanche. Mais les plus rapides et les plus énergétiques ont recouvert la totalité des flancs sud et ouest du volcan, détruisant la totalité du secteur qu’ils ont couvert. C’est ce qui s’est produit dès le début de l’éruption, le 8 mai 1902, lorsque le premier de ces écoulements majeurs a atteint la ville de St. Pierre, l’a largement détruite et y a fait l’essentiel des victimes. D’autres écoulements majeurs se sont ensuite produits à plusieurs reprises, comme le 20 mai ou le 6 juin, et le dernier, le 30 août, a touché la bourgade de Morne Rouge avec encore de nombreuses victimes.
L’étude de l’éruption de 1902-04 a fait progresser considérablement la compréhension des phénomènes éruptifs, grâce tout particulièrement aux travaux remarquables du géologue français Alfred Lacroix. Celui-ci, professeur au Museum d’Histoires Naturelles de Paris et envoyé sur place par le gouvernement français, a le premier décrit en détail et interprété la formation d’un dôme de lave d’une part, et aussi, les écoulements pyroclastiques (qu’il a fait connaître sous le nom toujours utilisé de « nuées ardentes ») qu’il a observés dans la rivière Blanche. Absent comme tout autre scientifique pendant les grands événements explosifs entre mai et août 1902, A. Lacroix a toutefois fourni un interprétation spéculative de ces phénomènes, sur la base d’une analyse scrupuleuse des témoignages et des effets de destructions. Son analyse des nuées ardentes majeures de mai-août 1902 a pu être affinée par la suite, grâce à l’étude de leurs dépôts et aux connaissances acquises sur d’autres volcans, mais sans être notablement modifiée. Au total, le travail de Lacroix sur cette éruption reste certainement la plus belle étude menée par un scientifique sur une éruption volcanique.
Depuis, les connaissances scientifiques sur le volcanisme ont beaucoup progressé et le type d’éruption qu’a alors connu la Montagne Pelée est maintenant reconnu comme banal sur les stratovolcans andésitiques, ces volcans à comportement souvent explosif qui jalonnent les arcs des zones de subduction. Des éruptions comme celles de l’Unzen (Japon) en 1992, de Montserrat également aux petites Antilles depuis 1995, ou celles fréquentes du Mérapi (Indonésie), du Colima (Mexique) ou du Santiaguito (Guatemala), appartiennent à ce type.
Ce qui reste exceptionnel jusqu’à ce jour, néanmoins, ce sont les écoulements très violents du type 8 mai ou 30 août 1902. Ces écoulements appartiennent à un type que l’on appelle de nos jours « déferlantes pyroclastiques » et que l’on a observé depuis dans d’autres types d’éruptions, des éruptions pliniennes comme au Chichon (Mexique) en 1982 ou au Kelut (Indonésie) en 1990, des éruptions vulcaniennes comme au Galunggung (Indonésie) en 1992 ou des éruptions « de type Mt. St. Helens » comme au volcan du même nom (USA) en 1980. Des déferlantes se sont produites dans d’autres éruptions à dôme que la Montagne Pelée, par exemple à l’Unzen et au Mérapi, mais pas avec la même extension et le même impact destructeur qu’à la Montagne Pelée en 1902. Cette dernière éruption reste donc encore aujourd’hui un cas particulier. |