" Conférence - Bertrand SAJALOLI | Université d'Orléans

Université d'Orléans

Conférence - Bertrand SAJALOLI


Organisateurs: AMGO - GHZH

Nom du contact: Bertrand SAJALOLI

Courriel du contact: bertrand.sajaloli@univ-orleans.fr

Lieu: Muséum des Sciences Naturelles d'Orléans

Dans le cadre de la Journée Mondiale des Zones Humides 2015,

l'Association du Master de Géographie de l'Université d'Orléans (AMGO) et le Groupe d'Histoire des Zones Humides (GHZH) organisent la conférence "Littérature et zones humides : faut-il se méfier de l'eau qui dort ?".

Intervenant : Bertrand SAJALOLI (Groupe d'Histoire des Zones Humides, CEDETE, Université d'Orléans)

Résumé

Étrange, captivant, le marais, et l’ensemble des zones humides, ont de tout temps intrigué et exalté l’imaginaire des écrivains et des artistes. Objet de fascination, le marais a une dimension épique quand il s’agit de le traverser, mythique dès lors qu’on y rencontre ou y combat des forces surnaturelles, éthique et initiatique enfin quand, les forces du mal vaincues, on y trouve sa voie. La sémiotique des zones humides, c’est-à-dire le système de symbolisation qui s’y applique, est donc particulièrement riche et reflète, pour ces objets de nature investis par la culture de sens et de valeurs spécifiques, des perceptions et des représentations originales. Magistralement exposée dans l’ouvrage de Gaston Bachelard L’eau et les rêves. Essai sur l’imagination de la matière (Joseph Corti, 1942), cette sémiotique de l’eau perçue à travers la littérature classique, notamment poétique, s’appuie sur les états de l’eau, stagnante, courante, claire, profonde, calme, violente afin de dégager les diverses imaginations matérielles qui s’attachent à l’eau. Celle-ci au gré des chapitres apparaît printanière, vive, courante, transparente, odorante et renvoie au narcissisme et au sentiment amoureux ; c’est une eau érotique, passionnelle dont l’odeur mêlée d’humus est celle du désir. Dormante, lourde, sombre, insondable, l’eau véhicule alors une méditation sur la mort et l’inexorabilité du temps. Étale, l’eau est un passeur du temps, elle brouille les repères chronologiques, féconde les souvenirs voire assure des ruptures surnaturelles dans l’espace-temps. Cette eau stagnante est aussi celle de la mort consentie, du suicide féminin, l’eau ophélienne par excellence d’où surgissent infinie tristesse et mélancolie : c’est la matière du désespoir. Mélangée à la terre, matricielle, l’eau compose encore la boue des origines d’où sort la vie et la prodigalité naturelle et qui, par une souille symbolique, permet une renaissance spirituelle. Cette même eau boueuse est aussi celle d’une peur singulière, d’une peur humide qui, à l’image des lavandières de Georges Sand dans les Légendes rustiques nourrit contes et légendes fantastiques. Mais l’eau est également maternelle, c’est le lait de la Terre, de la Nature ; c’est une eau qui berce, qui console, une eau qui purifie. C’est une eau de Jouvence qui rajeunit et guérit. Violente enfin, torrentielle, déchainée, l’eau incarne la colère divine et renvoie à tous les figures cosmogoniques du châtiment. Pourtant, de l’aveu même de l’auteur comparant L’eau et les rêves à sa Psychanalyse du feu, cet ouvrage n’épuise pas la question : l’eau, trop intiment, trop organiquement liée à l’homme, à son imaginaire résiste à toute approche rationnelle. L’ambition de cette conférence donnée dans le cadre des Journées internationales des zones humides 2015 est donc de poursuivre l’exploration littéraire de cet imaginaire de l’eau, et ce à travers trois thématiques moins abordées par G. Bachelard : les liens entre types de zones humides et perception des milieux, le renouvellement de l’imaginaire depuis les années 1950 à travers notamment la littérature policière et enfin les impacts de la littérature sur l’aménagement et la gestion des zones humides.

Plan d'accès

Javascript is required to view this map.

Accéder à cet événement :

Muséum des Sciences Naturelles d'Orléans
6 rue Marcel Proust
45000 Orléans