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Disparition de Sophie Lefay

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Le laboratoire POLEN a l'immense tristesse d'annoncer le décès de Sophie Lefay, maître de conférences HDR en littérature du 18e siècle à l'Université d'Orléans, membre de l'équipe CLARESS, survenu le mardi 12 mai 2020 des suites d'une longue maladie.

Lefay


Sophie Lefay nous a quittés le 12 mai 2020 des suites d’une longue et douloureuse maladie.

Après avoir été PRAG à l’Université de Reims (1993-1999), et maître de conférences à l’Université de Limoges (1999-2007) – maître, et non maîtresse, car elle était attachée à ces usages traditionnels de notre langue – elle a obtenu une mutation à l’Université d’Orléans en 2007. Son sérieux, son investissement dans la préparation des cours, dans le suivi individuel des étudiants, son implication dans les tâches administratives qui rythment la vie des universités – elle a dirigé le département de Lettres, pris part aux Conseils de l’Université, et s’était fort investie dans la formation des futurs enseignants de français dans le cadre du Master MEEF – étaient reconnus et appréciés de tous à l’Université d’Orléans, tout comme son humour et sa franchise.

Les objets d’étude de Sophie Lefay sont d’une profonde originalité et ont permis de saisir sous un nouveau jour ce XVIIIe siècle qu’elle aimait tant. Après une thèse sur l’art des jardins soutenue en 1998 (parue sous le titre L’Invention du jardin romantique en 2001 aux Éditions Spiralinthe), elle a soutenu une habilitation à diriger les recherches sur l’usage des inscriptions, et qui a donné lieu à un livre paru aux Classiques Garnier, L’Éloquence des pierres – Usages littéraires de l’inscription au XVIIIe siècle (2015). Sophie Lefay a aussi donné une édition critique extrêmement précieuse des Éléments de littérature de Marmontel (Desjonquières, 2005), et s’était depuis attachée à étudier la poétique et la transmission des savoirs littéraires. Elle a dirigé plusieurs ouvrages collectifs, et ses contributions sont nombreuses – une soixantaine d’articles. N’oublions pas son implication dans des jurys nationaux (ENS, Agrégation) et sa participation au Conseil National des Universités.

Et pourtant, contrairement à un habitus universitaire hélas un peu trop commun, Sophie Lefay était d’une modestie extrême sur sa recherche – alors même qu’elle était invitée dans les lieux les plus prestigieux, en France – le Collège de France, la Fondation des Treilles – ou à l’étranger (Oxford).

Une longue pénurie de postes de professeur en littérature du XVIIIe siècle l’a injustement empêchée d’être élue à ce titre qu’elle méritait depuis longtemps. En 2020, les postes de professeur dans cette spécialité universitaire sont nombreux. La tragédie de cette disparition précoce se double d’une ironie cruelle.

 

Je souhaiterais ajouter quelques mots à titre personnel, car plus que ma collègue, Sophie était mon amie, depuis 1997, l’année où je l’ai rencontrée lorsque j’étais monitrice à Reims et qu’elle y était PRAG. Le hasard a voulu que nous soyons toutes deux chargées de cours à l’antenne universitaire de Troyes, et c’est ainsi que j’ai pu alors avoir la chance de la côtoyer de près et que s’est nouée cette amitié.

Si un mot devait résumer ce que Sophie représentait à mes yeux, c’est la délicatesse.

Ne parlant jamais d’elle, s’enquérant toujours de ses amis, des amis de ses amis, et ce alors même qu’elle était au plus profond de la maladie terrible qui a fini par l’emporter, cherchant d’ailleurs à rassurer en permanence ses proches sur son état de santé, en vue d’atténuer leur peine, Sophie avait un regard tourné vers les autres empreint d’une profonde humanité. Elle comprenait l’émotion d’autrui à un signe, sans avoir besoin de mots. Cette délicatesse prenait sa source dans une extrême sensibilité. Et ce n’est sans doute pas un hasard si elle a travaillé sur le XVIIIe siècle, ce siècle où l’émotion est chérie, car pleine de promesses d’une vie meilleure pour l’homme et d’une voie meilleure pour les sociétés. Hélas, cette délicatesse exposait Sophie aux nombreuses indélicatesses de tous les jours, des uns et des autres, qui la blessaient malgré elle, car nous sommes tous trop pressés, trop individualistes, trop tournés vers nos propres misères, petites ou grandes.

Je n’ai pas le bonheur de croire en une autre vie, et à cette disparation trop précoce de Sophie, je ne trouve pas de sens. Tout au plus pourrais-je dire qu’elle a peut-être été emportée par cette délicatesse extrême – et moins délicate, elle n’aurait pas été notre Sophie, celle que nous avons connue et aimée. Mais ces mots ne cherchent qu’à rassurer ses proches et ses amis, qui prennent aujourd’hui la mesure de cette disparition que rien ne viendra jamais combler.

 

Aude Déruelle