Fils d'Ariane

University : Main content

Titre de page

Colloque international biennal du laboratoire RÉMÉLICE "Espaces de citoyenneté et dynamiques humaines : verticalités, horizontalités, fluidités"

Share on |

Contenu de la page principale

Colloque REMELICE 2026

Date -
Heure 09h00 - 18h00
Adresse

1 rue Dupanloup
45000 Orléans
Francia


 À l’heure où les démocraties libérales semblent plus que jamais en état de crise, on assiste à la remise en cause progressive des mécanismes représentatifs et performatifs du contrat social au sein de nombre d’États-nations, dans une tendance qui paraît mondiale. La montée en puissance de diverses formes de populismes ou d’autoritarismes dans l’ensemble des sphères sociales, linguistiques et culturelles explorées au sein du laboratoire RÉMÉLICE (UR4709) semble imposer une réflexion sur des concepts tels que le « peuple », le pouvoir ou les « élites », la démocratie, l’état de droit, etc. Face à cela, on assiste à la radicalisation des questions relatives à l’identité, à la nation en tant qu’entité indépendante et à sa généalogie, à la souveraineté (nationale, populaire, individuelle ou collective, etc.). Face aux atours néo-libéraux d’une mondialisation que d’aucuns auraient voulu « heureuse », la remarquable résurgence de notions telles que celles de « race », d’« identité », de « communauté » ou encore de « civilisation » dans les débats publics et scientifiques, sont autant de phénomènes qui nous invitent à remettre en question l’idée d’une certaine « fin de l’histoire » (Fukuyama) que le capitalisme et la démocratie auraient scellée main dans la main à la toute fin du XXe siècle. En termes politiques et d’organisation de la cité, on retrouve dans ce sillage d’une part une volonté d’intégration pensée en termes d’assimilation ou d’un multiculturalisme aux hiérarchisations plus ou moins assumées, d’autre part la mise au jour et en question de discriminations structurelles fondées sur les privilèges des uns ou sur différentes formes d’oppressions issues de l’histoire des colonisations/dominations et de leurs intersections. 

Loin d’une quelconque fin de l’histoire, verticalités et horizontalités s’affrontent. La grandissante « haine de la démocratie » (Rancière), qui résulte bien souvent en réalité de la mise en évidence de déficits démocratiques (Norris) dans les sociétés, semble ouvrir la voie à de nouveaux régimes politiques illibéraux voire autoritaires. Plus rares semblent être les expériences de réappropriation démocratique voire de remises à plat constitutionnelles. Des conflits se font jour ou réémergent, socio-politiques, mais aussi culturels – fussent-ils palpables ou fantasmés, niés ou érigés comme autant d’épouvantails stratégiques (on pense, par exemple, à la re-convocation récente du « choc des civilisations » (Huntington)) – qu’il convient aux chercheuses et chercheurs d’interroger.

Dans ce contexte, le colloque biennal du laboratoire RÉMÉLICE choisit en 2026 d’interroger la notion de « citoyenneté » comme outil pour analyser les tensions à l’œuvre dans le monde moderne et contemporain. Historiquement, la citoyenneté a imposé une articulation entre l’individu et le corps social, en affirmant une série de droits censée garantir la liberté politique des citoyennes et citoyens, mais aussi des devoirs sociaux les enjoignant à agir collectivement pour le « bien commun ». Tout en permettant l’émergence d’une identité collective, dont les paramètres sont définis verticalement par les structures politiques de l’État (le plus souvent dans le cadre de l’État-nation), la citoyenneté dote l’individu d’une “légitimité à appartenir” dont elle est dans le même temps le garant et l’obstacle volontaire puisqu’elle impose, de fait, un phénomène simultané d’inclusion et d’exclusion des individus de la communauté nationale. La citoyenneté impose au citoyen une appartenance à un espace national défini géographiquement et politiquement dans lequel son agentivité citoyenne est censée pouvoir/devoir s’exprimer. Mais elle confère aussi à l’individu un statut spécifique qui définit sa position à l’échelle du monde (ressortissant, résident, exilé, réfugié politique, etc.) et sa capacité à circuler ou non à travers les espaces de celui-ci (restrictions d’entrée sur un territoire donné, statuts liés à la clandestinité, etc.).

En choisissant de mettre en tension les notions d’« espaces de citoyenneté » et de « dynamiques humaines », notre intention est de choisir comme nœud d’analyse la dichotomie fondamentale entre rigidités normatives dans l'élaboration, la construction, l'expression, la représentation de la citoyenneté au sens large, et ce qui relève de l’organicité, du foisonnement des expériences humaines dans toute leur complexité. On s'intéressera par conséquent autant à la verticalité des normes, aux processus à l'œuvre dans la construction, la (re)structuration de la citoyenneté, notamment dans les États-nations "modernes", qu'à la complexité, à l'horizontalité et à la fluidité des expériences humaines, individuelles ou collectives.

Il s’agira bien sûr de se concentrer sur l’étude des divers espaces – institutionnels, géographiques, métaphoriques, etc. – dans lesquels la citoyenneté est censée s’exprimer, se représenter, s’incarner, se vivre, de telle sorte qu’une adéquation soit permise entre « appartenance » à la nation et « agentivité citoyenne » au sein de celle-ci. Mais, surtout, nous nous intéresserons aux endroits de l’inadéquation, aux espaces de frottement, dans lesquels le mécanisme normatif de construction de la citoyenneté se grippe, du fait notamment de l’incompatibilité entre les rigidités normatives de la citoyenneté et la spontanéité intrinsèque aux dynamiques humaines, à l’échelle individuelle et collective (citoyens de « seconde zone », double nationalité, déchéance de nationalité, appartenances aux diasporas, statut d’apatride, statuts différenciés au sein des empires coloniaux, etc.). Nous tâcherons donc d'étudier, d'observer, d'interroger tout particulièrement ces espaces d'« entre-deux », de marges, de superpositions, de palimpsestes, de dissonances, de dispersions, de déchirements éventuels par rapport aux espaces dans lesquels s'exprime "structurellement" la citoyenneté, ou du moins dans lesquels d'aucuns voudraient qu'elle s'exprime, qu'elle s'incarne. Aussi, en filigrane, il s'agira d'appréhender les éventuelles dissonances entre normativités de la citoyenneté et fluidité des identités, de s’intéresser aux dynamiques de circulation qui s’articulent autour des formes de verticalité ou d’horizontalité, ainsi qu’aux processus d’adaptation, d’ajustement, d’accommodement, de résistance et de résilience, mais aussi de création, d’innovation, de (ré)invention qui émergent précisément de ces dissonances. Ces adaptations constantes de/à la citoyenneté pourront être analysées par le biais de leurs évolutions historiques comme de leurs expressions politiques, sociales, mais aussi culturelles, artistiques, esthétiques. Ces dernières vont de pair avec la construction de soi et des “soi” et produisent une multitude d’identités et d’héritages.

La recherche et le statut des individus et collectifs qui la pratiquent sont eux-mêmes au cœur de ces questionnements sur la citoyenneté et les espaces qui en permettent ou limitent l’expression. Le positionnement et la réflexivité de la chercheuse ou du chercheur est en effet une question permanente (Balla 2024, Bourdieu 2001), pris que nous sommes entre d’un côté l’identification des faits et le recul analytique nécessaires à la scientificité de notre travail et de l’autre le besoin d’une connaissance intime de notre terrain de recherche pour en saisir les subtilités et les ambiguïtés. À cela s’ajoute notre double position à la fois dans la recherche et dans la citoyenneté. Un rôle ne saurait effacer l’autre, les deux s’informant mutuellement. L’internationalisation des espaces de recherche pousse à la conscientisation de ces interactions recherche/citoyenneté et à une réflexion approfondie à leur propos, qui questionnent la possibilité théorique d’une neutralité scientifique appliquée à la « matière » humaine. Les débats autour de l’objectivation (Bourdieu 2003), du positionnement, voire de la positionnalité (Berger 2013, Holmes 2020) imposent à l’épistémologie des sciences humaines une réflexivité telle qu’une recherche ne prenant pas en compte l’ancrage de la chercheuse ou du chercheur dans un espace et une appartenance citoyenne donnés en devient questionnable, en particulier lorsqu’il s’agit d’étudier les développements ou les héritages des colonisations (Grosfoguel 2007). L’étude des espaces, les espaces/lieux d’étude et de recherche, les lieux de rencontre ou d’exclusion mutuelle entre recherche et citoyenneté et les nouvelles épistémologies qui en émergent seront donc explorés, et avec eux les questions de la neutralité, de l’objectivation, ou de l’engagement de la recherche dans la cité.

Comité d’organisation 

Joseph Ciaudo (Université d’Orléans)

Karin Fischer (Université d’Orléans)

Augustin Habran (Université d’Orléans)

Chloé Lacoste (Université d’Orléans)

Caroline Sarré (Université d’Orléans)

 

Comité scientifique

Shems Kasmi (Université d’Orléans)

Saïd Ouaked (Université de Limoges)

Catherine Pélage (Université d’Orléans)

Thierry Robin (Université d’Orléans)

Ludivine Thouverez (Université de Poitiers)

Kerry-Jane Wallart (Université d’Orléans)