Séance proposée dans le cadre du Cycle de séminaires sur l'ironie (2026-2027)
| Date | - |
| Heure | 10h15 - 16h00 |
| Adresse | Université d'Orléans - UFR Lettres, Langues et sciences humaines |
| Contact | |
Programme
Cette séance de séminaire a lieu à l'Université d'Orléans (UFR LLSH) : le matin en salle 150, l'après-midi en salle 271. Elle s'inscrit dans le cycle de séminaires sur l'ironie organisé par Laélia Véron et Frédéric Martin-Achard et répond à l'appel de communications suivant: https://www.fabula.org/actualites/135622/cycle-de-seminaires-sur-l-ironie-2026-2027.html
Le séminaire est ouvert à toutes et à tous.
10h15: accueil
10H30: Anna Arzoumanov. Qui a le dernier mot ? L’ironie à l’épreuve du droit à l'épreuve du droit de la presse
« C’était de l’ironie », « c’était une plaisanterie », « je jouais un personnage » : que se passe-t-il lorsque ces arguments sont invoqués devant un tribunal ? À partir de plusieurs affaires judiciaires, cette intervention s’intéressera au second degré comme problème d’interprétation juridique : comment le juge reconnaît-il l’ironie et à partir de quels indices ? Et, lorsqu’un conflit éclate sur le sens d’un énoncé, qui possède finalement le pouvoir d’en imposer l’interprétation ?
11H: Zoi Kaisarli. L’ironie : protection ou exposition ? Les rapports de pouvoir dans le stand-up français contemporain.
L’ironie permet de pointer, de critiquer, de renverser ou de renforcer les rapports de force, tout en jouant avec les normes sociales. Cette pratique discursive repose toutefois sur une forme d’instabilité : lorsque la distance ironique n’est plus clairement perceptible, le locuteur peut se voir attribuer le point de vue qu’il semble mettre à distance. Une telle tension est particulièrement intéressante dans le stand-up, où l’ironie permet de faire rire tout en maintenant une certaine indétermination quant à la prise en charge de ce qui est dit. Dès lors, constitue-t-elle une forme de protection face aux sujets sensibles, ou au contraire un risque d’exposition ? Cette communication s’inscrit dans l’axe « L’efficacité et les limites de l’ironie », en interrogeant sa capacité à agir sur les rapports de pouvoir. Elle examine dans quelle mesure la mise à distance ironique permet de contester ou de déplacer certains rapports de force, mais aussi comment elle peut les reproduire ou exposer l’humoriste à la contestation, à la polémique ou à la disqualification. L’analyse porte sur des exemples de stand-up français contemporain et sur les effets de l’ambiguïté énonciative sur l’éthos de l’humoriste. Elle s’intéresse notamment à la manière dont celui-ci joue avec les points de vue, les normes institutionnelles et les attentes du public. L’ironie apparaît ainsi comme une pratique à la fois critique, relationnelle et stratégique, dont l’efficacité dépend des conditions de réception et de la reconnaissance, toujours fragile, de la distance ironique.
11h30-12h: discussion.
12h-13H30: pause déjeuner.
13H30-14h: Guillaume Demont. L’ironie comme contre-discours professionnel
Les écrits des travailleurs sociaux, bien que destinés à assurer la continuité de l’action, contiennent des "contre-discours professionnels", que notre programme de recherche travaille à mettre au jour. L’ironie est l’un de ces contre-discours. Par une approche ethnométhodologique d’un corpus d’écrits de transmission d’un foyer médicalisé et d’un centre d’hébergement d’urgence, il est possible de percevoir cette ironie, comme une pratique professionnelle à part entière qui actualise une conscience commune d’une identité professionnelle partagée par une équipe, et qui refuse les pratiques discursives d’assignation produit par les prescripteurs de l’action sociale ou médico-sociale.
14h-14h30 : Pierre France. La conférence Berryer : une institution humoristique élitaire.
A Paris, à partir des années 2000 - et sous couvert d'avoir été une tradition pluricentenaire toujours là - s’est redéveloppée une institution de l’humour des avocats, la conférence Berryer. Spectacle comique d’improvisation, parodie de concours d’éloquence, elle a longtemps été un demi-secret du Palais de Justice avant de devenir bien plus médiatique : cette communication tentera d'articuler ce qu’elle permet de dire sur l'humour professionnel et ritualisé d'élites sociales et les mécanismes d'attraction/distinction par rapport notamment au milieu du stand-up.
14h30-15h: discussion.
15h-15h30 : Laélia Véron. Autodérision, auto-ironie: ressource de dominés ou privilège de dominants?
L’auto-ironie ou autodérision est généralement considérée comme une pratique très positive. Or, comme souvent en ce qui concerne l’humour et l’ironie, on constate un glissement des valeurs projetées sur ces discours à des considérations sociales (contestables) sur qui pratiquerait ou ne pratiquerait pas ce type de discours: l'autodérision est ainsi souvent vue comme une arme de dominés, une prise de distance et de recul dont seraient incapables les dominants. Nous considèrerons au contraire que l’autodérision peut être pratiquée aussi bien par des personnes dominées que des personnes dominantes, mais qu’elle prend des rôles et des sens très différents selon que le locuteur ou la locutrice exerce ou subit une domination.
15h30-16h: discussion finale et clôture.