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Cette thèse vise à définir l’architecture des droites dans les départements ruraux de la région Centre, avant la lettre, entre 1919 et 1939. La faiblesse structurelle des partis de droite invite à explorer le rôle des groupements parallèles et autres réseaux associatifs ainsi que leurs éventuelles incursions dans le champ politique. En dépit de leur victoire fragile lors des élections législatives de novembre 1919, les droites restent dans une situation de minorité, évoluant dans des terres de mission qui leur sont résolument hostiles. Ainsi, la plupart des villes importantes sont détenues par les gauches qui sont également largement majoritaires au sein des Conseils généraux et donc au Sénat. Les droites doivent donc faire preuve de résilience et de stratégies d’adaptation pour ne pas disparaître de ce paysage politique qui leur est réfractaire. En dépit de leurs efforts, leur désir d’unité est souvent contrarié et les divergences entre elles sont légion. En Loir-et-Cher, une droite modérée, qui n’a pas coupé totalement les ponts avec un certain radicalisme, refuse de collaborer avec une droite catholique qui n’est pas toujours fermement républicaine. Ces querelles, paralysantes au moment des élections législatives de 1919 et 1924, s’estompent ensuite mais pour mieux ressurgir lorsqu’on les croyait enfin oubliées. Au fil des scrutins locaux, les droites perdent encore des positions tandis que le radicalisme se maintient et que les partis marxistes poursuivent leur progression. Or, cette guerre des droites est clairement remportée par la famille modérée. Le déclin de la famille conservatrice est latent, illustré par la disparition de certains titres de presse ainsi que par son érosion dans les conseils municipaux. Ainsi, à partir de 1928, presque tous les candidats des droites aux élections législatives sont des modérés de centre droit. Après un succès plus que mitigé en avril 1928, l’échéance législative de 1932 marque un étiage pour les droites qui peinent à trouver des candidats crédibles, comme si elles subissaient un trou générationnel. Ces modérés recherchent alors en vain une concentration républicaine avec les radicaux. La crise des années 1930, qui est tant économique que morale et politique, frappe avant tout l’agriculture dans ces six départements ruraux. Cette dépression, qui se traduit par la mévente des produits de la terre après plusieurs années de relative prospérité, débute en 1928 mais s’accélère à partir de 1932. Elle nourrit la montée en puissance du Parti agraire et paysan français qui présente huit candidats aux élections législatives de mai 1932. Ce parti s’inscrit dans la rhétorique agrarienne et radicalise son discours et ses modes d’action à partir de 1933. Il est alors à l’origine de violents débordements à Chartres. Il participe à l’aventure du Front paysan en 1934-1935 avant de reculer face au dorgérisme après l’élection législative partielle de Blois, en mars 1935. À partir de 1936, le dorgérisme s’empare des départements du Loiret et du Loir-et-Cher en donnant l’assaut à la loi sur les allocations familiales. Le 6 février 1934 est durement ressenti dans tous les milieux. Il accentue la bipolarisation de la vie politique et suscite une flambée de tensions politiques. À Orléans ou Tours en mars 1934, à Montargis en mai 1934 ou à Chartres en janvier 1935, des incidents éclatent entre ligueurs nationalistes et militants antifascistes. Contribuables et agrariens occupent aussi le terrain face à des droites républicaines en perte de repères et tentées par la radicalisation. Heurtées par les mouvements sociaux de 1936, les droites se réfugient dans la défense d’un ordre menacé à leurs yeux par le Front populaire. À la veille de la guerre, le Parti social français tente, avec un certain succès, de rassembler les familles politiques du centre et de droite, ne s’interdisant pas de transcender les classifications traditionnelles.