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Dès la fin du XIe siècle, l’inquiétude engendrée par le parjure s’intensifie. Cette inquiétude est fondée sur la crainte que les hommes, en prêtant serment, risquent de dire le faux, ce qui constitue à la fois un péché grave et une rupture des liens de confiance entre les individus. Cette préoccupation s’intensifie au cours des XIIe et XIIIe siècles, les discours sur la peur du parjure et la mise en scène de cette peur se faisant plus présents. Dès lors, la société médiévale élabore un système normatif précis destiné à prendre en charge cette peur. Ce nouvel ordre normatif fait de la société médiévale une société parjurée, dans laquelle la peur du parjure prime sur l’acceptation du serment, et où les réflexions théoriques, juridiques et judiciaires ont pour objectif commun de lutter contre le parjure. Il s’agit d’une part de mieux définir le parjure, de lui octroyer une autonomie conceptuelle pour mieux en saisir la réalisation. De même, le parjure est mieux défini comme péché, et il est intégré à la hiérarchie peccamineuse. Ce travail de définition permet de mieux cerner le parjure et sa gravité, et de mettre en place un appareil législatif afin de lutter contre ce danger. La législation est construite par l’Église, notamment par l’intermédiaire des décisions pontificales et de leurs relais synodaux ; cette législation est également le fait des puissances laïques qui prennent en charge à leur tour des parjures, et n’acceptent que partiellement l’autorité ecclésiale en la matière. Si un ordre normatif est donc élaboré pour mieux appréhender le parjure et pour mieux le traiter en justice, son application peut être discutée. La première étape consiste à éduquer la population à ce danger afin de lui apprendre à « dresser sa langue » : manuels moraux, sermons, mais aussi manuels de civilité et littérature courtoise sont autant d’occasions de participer à cet élan éducatif. C’est un exercice essentiel car la pratique du parjure est une réalité sociale médiévale qui se manifeste dans plusieurs circonstances : relations contractuelles, relations politiques, relations économiques, actions en justice, etc. Dans tous les cas, c’est un crime social qui met en danger les relations interpersonnelles. Il convient dès lors d’en punir la pratique. Il existe plusieurs modalités pour prendre en charge et sanctionner le parjure. Si l’Église joue un rôle majeur, notamment par l’octroi de peines spirituelles, le parjurant est également sanctionné par les puissances laïques, urbaines et royales. À cet égard, la procédure d’attaint qui consiste à condamner les parjures commis par les jurys anglais est une mécanique particulière de traitement du parjure en justice. Cette procédure, propre à la Common Law, met le risque de parjure au cœur des décisions judiciaires, et tend à lever tous les doutes judiciaires en actant ou non le parjure des jurés. En parallèle de la construction d’une société parjurée, le serment est progressivement valorisé, et son usage s’intensifie, notamment pour reconstruire les liens brisés lors d’un parjure. De fait, à la fin du XIIIe siècle, la société parjurée a laissé sa place à une société jurée, où la primauté et la peur du parjure ont cédé le pas.