Colloque international, Orléans, 20-21 mai 2027
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Appel à communications
La Comédie française (en langue française) dans l’espace germanophone au XVIIIe siècle. Transmissions et appropriations.
Colloque international, Orléans, 20-21 mai 2027
Les propositions (environ 2500 signes, espaces comprises), accompagnées d’une brève présentation biobibliographique, peuvent être adressées jusqu’au 31 octobre 2026, conjointement à :
gabriele.ribemont@univ-orleans.fr
sebastian.turk@univ-orleans.fr
Calendrier prévisionnel :
• Envoi des propositions jusqu’au 31 octobre 2026.
• Envoi des notifications d’acceptation avant le 30 novembre 2026.
• Le colloque se tiendra les 20 et 21 mai 2027 à l’université d’Orléans.
Les langues de travail du colloque seront le français et l’allemand.
Visuel utilisé : "Rideau principal de la scène du théâtre Ekhof, construit entre 1681 et 1683 au château de Friedenstein à Gotha, en Allemagne" - Crédit photo (CC BY-SA 3.0) :
Le propos
Il est une constante de l’histoire littéraire que la comédie de langue allemande se renouvelle au XVIIIe siècle au contact avec le genre français, ou, selon l’expression de Horst Steinmetz, « italo-français », car la comédie des Italiens, telle qu’elle apparaît dans le répertoire de la troupe parisienne, c’est-à-dire en langue française, exerce également une influence importante (Steinmetz 1966, 8-9).
Depuis ce constat, les travaux académiques se sont multipliés dans le cadre de la germanistique, révélant une réception multi-strates : d’une part, la réception directe des comédies en langue française, que ce soit par leur représentation dans le cadre curial (souvent par des troupes itinérantes, parfois, et notamment dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, par des troupes stables que seules quelques cours du Saint-Empire pouvaient se permettre), ou par les éditions imprimées dont certains éditeurs (van Ghelen à Vienne, et Arkstée & Merkus à Leipzig) se font une spécialité (Markovits 2014) ; d’autre part, la traduction en allemand, qui fournit aussi bien les troupes de théâtre que les éditeurs (voir Grimberg 1995 et 2014, après Fromm, 1950-1953), ainsi que la reprise, par les auteurs comiques de langue allemande, de situations, personnages et motifs (Jaubert 2012a ; Grimberg, 1995, souligne que 8 sur 11 des auteurs principaux de la comédie allemande sont également traducteurs du français).
Cette réception est accompagnée par la critique littéraire qui se développe dans la presse périodique savante en plein essor (Vickermann-Ribémont, à paraître), et même par la critique universitaire, avec la position centrale de l’homme de lettres Johann Christoph Gottsched (1700-1766) dans l’adoption du modèle français dans les années 1730, avant que celle-ci ne soit contestée au cours de la décennie suivante (Julliard 1998, Achermann 2014, Weimar 2014).
En revanche, ni la transmission ni l’appropriation de la comédie française en langue française n’ont encore été appréhendées de façon systématique et approfondie, et c’est cette recherche que le colloque d’Orléans souhaite amorcer.
En effet, les travaux antérieurs menés par des germanistes se sont concentrés sur l’appropriation par le biais de traductions allemandes – sur lesquels Grimberg a livré une étude quantitative ainsi qu’une analyse de leurs préfaces (Grimberg 1995) –, souvent en mettant en avant l’accueil d’auteurs français particuliers : notamment Molière (Keck 1996, Jaubert 2012b), Marivaux (Lacant 1975) ou Destouches (Valentin 1990, Vickermann-Ribémont 2011, Jaubert 2018). D’autres travaux se sont intéressés à certains acteurs majeurs de la réception de la comédie au sein de l’espace germanophone, notamment l’homme de lettres Johann Christoph Gottsched, plus récemment aussi son épouse Luise (Brandes 2006, Brown 2007 et 2012), ou Gotthold Ephraim Lessing (Ritchie 1983, Barner et al. 1998) et sa Dramaturgie de Hambourg (Valentin 1985 et 2010).
Des travaux anciens, comme Comédiens Français dans les Cours d’Allemagne de Jean-Jacques Olivier (3 vols., 1901-1905) ou encore l’étude de Michael Steltz (1965), se sont certes intéressés aux représentations en langue française dans le cadre curial allemand, mais ne les confrontent pas à d’autres pratiques telles que l’édition ou la critique littéraire, ni n’analysent le corpus représenté sous l’aspect littéraire.
L’étude récente de l’historien Rahul Markovits, Civiliser l’Europe. Politiques du théâtre français au XVIIIe siècle (2014), analyse également la réception des pièces françaises en langue française. L’ouvrage adopte néanmoins un cadre géographique plus large, incluant pour le Saint-Empire uniquement les grandes cours de Berlin et de Vienne, tout en se focalisant sur l’action culturelle volontaire de la part de la France. L’ouvrage collectif Moving scenes. The circulation of music and theatre in Europe, 1700-1815 (Beaurepaire / Bourdin / Wolff 2018) réunit quant à lui plusieurs études de cas d’appropriations croisées en Europe, dont certaines (Beaurepaire, Mele, Yvernault) concernent la circulation de la comédie française. Si ces travaux récents témoignent donc d’un regain d’intérêt pour la réception du théâtre français – et du genre comique en particulier –, y compris dans le monde germanophone, une vue d’ensemble reste à construire.
Le colloque sur La Comédie française (en français) dans l’espace germanophone au XVIIIe siècle, ses Transmissions et appropriations, entend lancer des travaux pour combler cette lacune de recherche. Il souhaite s’inscrire dans le champ des études consacrées aux circulations culturelles dans l’Europe moderne, enrichi au cours des dernières décennies par des approches théoriques (cf. la discussion de différents concepts par Gantet & Meumann 2019) et de nombreuses études de cas, attentives au rôle joué par des médiateurs, aux réseaux et aux canaux de transmission ainsi qu’aux mécanismes de reconfiguration d’objets culturels dans leurs contextes de réception (Saada 2003).
Étudier la transmission et l’appropriation de la comédie française en langue française dans l’espace germanophone au XVIIIe siècle encourage une collaboration internationale et interdisciplinaire, associant avant tout historiens et littéraires, germanistes, romanistes ou comparatistes, afin d’explorer les multiples facettes de la transmission, réception ou appropriation.
Plusieurs axes peuvent nourrir la réflexion sur la multidimensionnalité de la réception des comédies françaises en langue française :
1. La représentation de comédies dans les cours princières, le cadre de la sociabilité et des fêtes curiales demeurant l’espace privilégié pour cette réception du théâtre en langue française. La comédie se révèle dans ce cadre comme un genre de choix en raison de son registre de langue, relativement accessible pour un public allophone, et par la forte présence d’éléments musicaux (vaudevilles, ballets), prisés pour son caractère festif et prestigieux tout en gardant la facilité de réception. Réception marquée par une politique culturelle d’appui sur le prestige de la cour de Versailles (Quaeitzsch 2019), les études des représentations peuvent aussi bien explorer les sélections d’auteurs ou de pièces opérées à partir du répertoire (la forte prévalence de petites comédies, à un acte, et marquées par la présence de parties chantées et souvent dansées peut être interrogée dans ce contexte) ou les éventuelles adaptations ou transformations des pièces, que les circonstances concrètes des mises en scène, ainsi que la communication officielle à leur sujet ou leur récit dans des sources privées. Une comparaison avec la programmation de lieux prestigieux français (scènes parisiennes, théâtres de la cour de Versailles, fêtes royales) semble aussi pertinente que la considération de dispositifs matériels, notamment des machines de théâtre dont découle la possibilité ou l’intérêt de mises en scène de pièces qui y ont recours.
2. La réception de la comédie française par l’imprimé : certains éditeurs se faisant une spécialité de l’impression de textes français pour le public cultivé ou les huguenots réfugiés dans certains états du Saint Empire. Il peut alors s’agir d’appréhender d’un côté les catalogues des comédies françaises en vente chez les éditeurs de l’espace germanophone, la temporalité des éditions par rapport aux éditions françaises ou à des événements particuliers (mises en scène notamment), de l’autre côté la présence des textes (qu’il soient édités en France ou en Empire) dans les bibliothèques princières ou d’académies, analyser la sélection, la comparaison avec d’autres segments thématiques, la finalité et la temporalité des acquisitions, les usages concrets, les éventuelles spécificités des cours ou des villes, etc. sont autant de pistes pour comprendre ce volet de la réception.
3. L’étude de la transmission, de la médiation et des médiateurs enfin : la diffusion de la connaissance du théâtre français passe en effet par des médiateurs différents, parmi lesquels les acteurs ou troupes au service des cours, les critiques publiant des comptes rendus des éditions françaises dans la presse savante, des membres des cours – ambassadeurs, Français en voyage, et, le cas échéant, les cercles huguenots. On peut dans ce contexte accorder une attention particulière aux correspondances, privées ou quasi institutionnalisées telles les Nouvelles littéraires de Raynal ou la Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm, Diderot et Meister, ainsi qu’au rôle joué par les voyages de formation.
Bibliographie :
Achermann, Eric, Hg., 2014, Johann Christoph Gottsched (1700-1766), Philosophie, Poetik und Wissenschaft, Berlin / New York, Akademie / de Gruyter.
Beaurepaire, Pierre-Yves, Philippe Bourdin, Charlotta Wolff éds., 2018, Moving scenes. The circulation of music and theatre in Europe in the age of enlightenment and revolution. Oxford, Voltaire Foundation.
Brandes, Helga, 2006, « Im Westen viel Neues. Die französische Kultur im Blickpunkt der beiden Gottscheds », Diskurse der Aufklärung. Luise Adelgunde Victorie und Johann Christoph Gottsched, Gabriele Ball, Helga Brandes & Katherine R. Goodman Hg., Wiesbaden, Harrassowitz, p. 191-212.
Brown, Hilary, 2007, « Luise Gottsched and the Reception of French Enlightenment Literature in Germany », Gillian E. Dow dir., Translators, Interpreters, Mediators: Women Writers 1700-1900, Oxford, Peter Lang, p. 21-36.
Brown, Hilary, 2012, Luise Gottsched the translator, Rochester (NY), Camden House.
Dickhaut, Kirsten, & Marine Roussillon dir., 2021, Scènes de machines. Effets et pouvoirs, n° thématique de Littératures classiques, 105.
Dickhaut, Kirsten, 2025a, Maschinentheater. Pierre Corneilles Andromède und seine historischen Bühneneffekte. Digitale Ausstellung zum Maschinentheater im 17. Jahrhundert. URL : https://www.ilw.uni-stuttgart.de/abteilungen/romanische-literaturen-i-galloromanistik/digitaleausstellung-maschinentheater/
Fromm, Hans, 1950-1953, Bibliographie deutscher Übersetzungen aus dem Französischen 1700-1948, 2 vol., Baden-Baden, Verlag für Kunst und Wissenschaft.
Gantet, Claire & Meumann, Markus, 2019, Les échanges savants franco-allemands au XVIIIe siècle. Transferts, circulations et réseaux, Rennes, PUR, 2019.
Grimberg, Michel, 1995, La Réception de la comédie française dans les pays de langue allemande (1694-1799), Berlin et al., Peter Lang.
Jaubert, Elsa, 2012a, De la Scène au salon. Le modèle français dans la comédie allemande des Lumières, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne.
Jaubert, Elsa, 2012b, « Le Misanthrope de Molière dans l’Allemagne des Lumières : Transmission et appropriation d’un modèle », Françoise Le Borgne dir., Filiation, modèles et transmission dans les littératures européennes (1740-1850), Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, p. 107-124.
Jaubert, Elsa, 2018, « Destouches en Allemagne au XVIIIe siècle. Exemplarité d’un modèle français au service d’un projet national allemand », Destouches et la vie théâtrale, Marie-Emanuelle Plagnol-Diéval, Martial Poirson & Catherine Ramond dir., Éditions de l’Université de Bruxelles, p. 157-173.
Julliard, Catherine, 1998, Gottsched et l’esthétique théâtrale française. La réception allemande des théories françaises, Bern et al., Peter Lang.
Keck, Thomas A., 1996, Molière auf Deutsch. Eine Bibliographie deutscher Übersetzungen und Bearbeitungen der Komödien Molières, mit Kurzbeschreibungen, Hannover, Revonnah.
Lacant, Jacques, 1975, Marivaux en Allemagne, 2 vol., Paris, Klincksieck.
Lacant, Jacques, 1985, « Quelques aspects de la réception allemande du répertoire comique français des Lumières », Roger Goffin, Michel Vanhelleputte & Monique Weyembergh-Boussart dir., Littérature et culture allemandes. Hommages à Henri Plard, Bruxelles, Éditons de l’Université de Bruxelles, p. 103-118.
Markovits, 2014, Civiliser l’Europe. Politiques du théâtre français au XVIIIe siècle, Paris, Fayard.
Olivier, Jean-Jacques, 1901-1905, Les Comédiens Français dans les Cours d’Allemagne au XVIIIe siècle, Paris, Société française d’imprimerie et de librairie.
Quaeitzsch, Christian, « Reflexionen französischer Festkultur am Hof der Wittelsbacher », Jahrbuch der Stiftung Thüringer Schlösser und Gärten, 23, 2019, p. 61-72.
Ritchie, Gisela, 1983, « Spuren des französischen Dramas bei Lessing », Wilfried Barner & Albert M. Reh Hg., Nation und Gelehrtenpublik : Lessing im europäischen Zusammenhang, Detroit, Wayne State University Press, p. 120-138.
Saada, Anne, 2003, Inventer Diderot. Les constructions d’un auteur dans l’Allemagne des Lumières, Paris, CNRS Éd.
Steinmetz, Horst, 1966, Die Komödie der Aufklärung, Stuttgart, Metzler.
Steltz, Michael, 1965, Geschichte und Spielplan der Französischen Theater an deutschen Fürstenhöfen im 17. und 18. Jahrhundert, München, W. & I. M. Salzer.
Valentin, Jean-Marie, 1990, « La réception de Destouches en Allemagne au XVIIIe siècle : du comique décent au comique sérieux », in Krebs, Roland & Jean-Marie Valentin dir., 1990, Théâtre, nation & société en Allemagne au XVIIIe siècle, Presses Universitaires de Nancy, p. 73-90.
Vickermann-Ribémont, Gabriele, 2011, « Wes Gastes Kind… La traduction allemande du Philosophe marié de Philippe Néricault Destouches entre comédie classique et questionnement juridique », L’Hospitalité des Savoirs. Mélanges en l’honneur d’Alain Montandon, éd. Pascale Auraix-Jonchière, Jean-Pierre Dubost, Eric Lysoe & Anne Tomiche, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, p. 455-470.
Vickermann-Ribémont, Gabriele, à paraître « Le comique et la vertu – La “comédie nouvelle” entre France et Allemagne », Matthias Kern & Beatrice Schuchardt dir., Enthousiastes du théâtre français ? Transferts du théâtre des Lumières. Akten des 14. Kongresses des Frankoromanistikverbands, Passau, 24.-27. September 2024.
Weimar, Klaus, 2014, « Gottscheds vier Literaturgeschichten », Eric Achermann Hg., Johann Christoph Gottsched (1700-1766). Philosophie, Poetik und Wissenschaft, Berlin / New York, Akademie/ de Gruyter, p. 131-145.