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CESFiMA

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Centre d'Études Supérieures sur la Fin du Moyen Âge

 

Le CESFiMA se présente comme un axe du laboratoire interdisciplinaire POLEN (Pouvoirs, Lettres, Normes) de l'université d'Orléans, qui regroupe des historiens, des historiens de la littérature, du droit, et des linguistes. Il est centré sur la période médiévale, en un sens chronologiquement large, relevant du concept de "long Moyen Âge", cher à Jacques Le Goff. Les enseignants-chercheurs qui composent cette équipe effectuent leurs recherches sur la période XIIe-XVIe siècles, avec, pour les médiévistes au sens propre, un centrage plus particulier sur la période XIIIe-XVe, les spécialistes de la Renaissance se penchant plus particulièrement sur le XVe siècle et sur les articulations (continuités et ruptures, mais surtout coexistence) Moyen Âge-Renaissance ; il faut y ajouter des enseignants-chercheurs latinistes dont une part importante des recherches concerne la culture médio-latine.

Ce sigle, s’il ne signifie pas exactement la période chronologique qu’il désigne, est cependant un emblème, qui correspond à une volonté de travail coordonné, selon des principes de complémentarité et de collaboration, d’une part dans le cadre du PRES Orléans-Tours, d’autre part dans un cadre régional élargi. En effet, le CESFiMA permet de tracer, entre Poitiers et Orléans en passant par Tours, un axe fort de recherche sur une période essentielle de l’histoire européenne, qui peut en outre se comprendre sur une longue durée cohérente, du haut Moyen Âge au début de l’Âge classique. Le CESCM de Poitiers est centré sur le premier Moyen Âge, jusqu’au XIIe siècle ; le CESR de Tours sur une Renaissance qui va « de Pétrarque à Descartes » ; le CESFiMA prend ainsi sa place entre l’un et l’autre, sachant que les trois centres ont des « marches » chronologiques communes.

 

Projet scientifique du CESFiMA

 

Composé principalement d’historiens et de littéraires (littérature française), auxquels s’ajoutent des historiens du droit et des spécialistes de la littérature et civilisation britanniques, le CESFIMA travaille principalement sur la période du XIIe au XVIe siècle. Ses recherches portent pour une large part sur la question des normes, des modèles et des savoirs, leur construction, leur diffusion et leur contestation. Mais il a aussi pour projet de s'intéresser au corps sur la longue durée, de l'Antiquité jusqu'à la Renaissance, et aux rapports entre sociétés et environnements. 

Quatre axes de recherche se dessinent ainsi, dont deux émergents (axes 3 et 4) :

 

1) Construction, contestation et évolution des normes et des modèles

 

La période couverte par le CESFiMA est particulièrement productrice de normes et de modèles, sur les plans religieux, politique, juridique mais aussi littéraire et scientifique, le XIIe siècle constituant à plus d’un titre un tournant dans l’histoire médiévale, avec des effets importants dans un temps long, perceptibles parfois jusqu’à la Renaissance : Réforme grégorienne, instauration (ou essai d’instauration) d’un absolutisme monarchique, redécouverte du droit romain, rénovation du droit canon et rédaction de droits coutumiers, apparition et essor d’une littérature en langue vernaculaire, développement ou diffusion de savoirs scientifiques ou encyclopédiques. La question de la construction des normes et des modèles conduit à étudier celle des pouvoirs en général, la faculté de produire et d’émettre des normes et des modèles constituant justement un trait définitoire de ce qu’on appelle un pouvoir. La réaction à la diffusion et à l’imposition des normes et des modèles, et plus particulièrement leur contestation, laquelle peut entrer en jeu dans leurs évolutions, font enfin partie des objets de la réflexion, particulièrement dans le champ politique, juridique et religieux. La littérature, elle-même en évolution, et parfois en tension, poétiquement ou génériquement, constitue aussi un objet de recherche propice à une investigation historique en cela qu’elle témoigne à sa façon des réalités diverses de son temps. Le futur GIS LuxOrientis (2023-2028) s’intéressera de surcroît à la vie des objets de pouvoir dans le cadre plus large d’une étude du phénomène du luxe et de la réception des objets venus d’Orient en Occident dans une perspective interdisciplinaire.

 

2) Diffusion et transmission des normes, savoirs et modèles

 

Liée à l’axe de la construction, de la contestation et de l’évolution des normes, des savoirs et des modèles, la question de leur diffusion et de leur transmission (laquelle suppose une appropriation/acculturation que n’implique pas la seule diffusion) constitue un objet spécifique. La question étant fort vaste, l’accent est mis sur les modes de circulation, et plus particulièrement l’écrit (de la charte au traité de magie ou de divination) et l’image (de l’enluminure littéraire ou scientifique à la cartographie), des normes, savoirs et modèles, ainsi que sur la place de la traduction dans le phénomène de diffusion, transmission, appropriation et acculturation. Inscrit dans le projet scientifique du CESFiMA depuis sa création, cet axe trouve désormais un écho dans l’axe émergent de la MSH Val de Loire, « Transmission(s), transfert(s), réappropriation(s) ». 

Ces deux axes recouvrent des réalités ou des pratiques complémentaires, voire imbriquées. Ils seront exemplairement illustrés pour la période à venir par un renouvellement de la convention qui lie le CESFiMA et l’IRHT ainsi que par le projet ANR CiSaMe (2023-2027). 

 

3) Images, discours et usages du corps

 

Cet axe émergent du CESFiMA a vocation à fédérer des démarches en cours dans lesquelles la question du corps était ou pouvait être posée (littérature et iconographie, discours politique, droit et justice, théologie et religion, divination et magie).

D’ores et déjà, un certain nombre de thèmes de recherche sont posées pour explorer cet axe émergent dans le cadre de séminaires, de journées d’étude ou de colloques, ou en vue de séries d’articles, notamment pour les Cahiers de Recherche Médiévales et Humanistes : la vulnérabilité du corps dans l’épopée, de l’Antiquité à la Renaissance, dans un genre où le corps est d’abord donné, à l’instar de celui d’Achille, comme invincible ; le corps du voyageur dans les récits de voyage, au Moyen Âge et à la Renaissance, de Joinville à Montaigne, le pèlerinage, la croisade, la mission diplomatique, le commerce, l’exploration ou la conquête, induisant chacun ou chacune à leur manière une expérience particulière ou nouvelle du corps (de soi et de l’autre) ; les discours et les usages du corps dans le droit et la justice, dans l’exercice ou l’image du pouvoir, dans les pratiques magiques ou divinatoires ; la place et la représentation du corps dans la culture visuelle, occidentale et orientale ; la question du corps et de la nature (l’humain, le non-humain ; l’animal et le monstrueux) ; la question du corps et de son environnement, naturel ou culturel.

La pluridisciplinarité des approches laisse espérer la description d’une pensée ou l’établissement d’une anthropologie du corps de l’Antiquité tardive à la Renaissance. Cet axe entend ainsi rejoindre en partie, dans une perspective historique et culturelle, les attendus du PIA4 Santé, lequel ne saurait réduire le corps à sa pure physiologie.

 

4) Sociétés et environnements

 

Cet axe, lui aussi émergent, propose d’explorer sur la durée la question des rapports entre les sociétés et leur environnement, qu’il s’agisse de l’environnement naturel, aménagé ou construit, et des pratiques matérielles et culturelles développées dans le cadre de cette interaction, depuis les Pays de Loire jusqu’aux confins des mondes islamisés. Les thèmes qui organiseront cette réflexion seront les suivants :

1/ Un premier thème s’intéressera aux pratiques et représentations des espaces et des paysages. Dans la lignée des landscapes studies et dans la continuité d’une réflexion sur les jardins à l’échelle planétaire (2015-2018) et d’une exposition aux Archives Nationales sur les cartes peintes de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance (2019), on s’interrogera sur l’interaction entre l'homme et les milieux naturels et anthropisés, qu’il habite, aménage, décrit, parcourt…, à travers notamment la notion de paysages. On pourra s’intéresser ainsi à la description et la représentation des paysages (par les textes et les images de toute nature) et aux enjeux (de nature historique ou littéraire) qu’elles traduisent ; ainsi qu’aux pratiques concrètes associées à ces paysages (exploitation, administration, voyage…). On peut penser par exemple aux paysages bâtis de type jardins, espaces publics, structures palatiales, monuments religieux, et aux pratiques culturelles qui y sont associées, comme la question de la gestion durable de l’eau à travers les siècles et en zone humide.

2/ Le deuxième thème sera consacré plus spécifiquement à l’interaction entre l’homme et des milieux spécifiques, comme les milieux montagneux, sismiques, isolés ou les zones humides. Les travaux archéologiques de la mission d’Altessina (Sicile) qui ont débuté en juin 2022 s’inscrivent par exemple dans cette perspective. Ce chantier prend place dans un large contexte qui propose de réfléchir à l’histoire de l’habitat, du peuplement en Sicile centrale depuis la division administrative des Wali siciliens à l’époque médiévale permettant d’appréhender le processus d’incastellamento de la Sicile centrale jusqu’au XVe siècle.